CRADLE OF FILTH / NAPALM DEATH
MOONSPELL / ANATHEMA

FESTIVAL ARTEFACTS

Strasbourg (Parc Du Rhin) le 5 septembre 1998

Source : HARD'N'HEAVY / Octobre 1998
Journaliste Xavier Bonnet / Manuel Rabasse


Météo capricieuse (mais finalement assez loin des prévisions cauchemardesques des jours précédents), annulations en cascade (Deftones, Fear Factory...), il n'en fallait pas plus pour décourager le chaland, et c'est peu dire que l'aire du Parc de Rhin sonnait sérieusement le creux en ce samedi. Pas sûr non plus que l'association sur un même site d'un "plateau" ska/punk (Bad Religion, Lagwagon, Specials, Save Ferris...) et d'une scène métal n'ait pas engendré plus d'incompréhensions qu'autre chose.

Anathema n'a jamais eu la réputation d'être une "bête de scène", toujours trop en dedans, et les craintes de voir se diluer les atmosphères éthérées d'Alternative 4 en "open air" allaient malheureusement se vérifier, malgré un début de set presque rassurant, "Fragile Dreams" et "Empty" entretenant l'illusion un temps. Mais, malgré des tonalités moins Floydienne et du coup plus métal, on restera sur notre faim. On en est plus que jamais persuadé, Anathema est un groupe (un oiseau ?) de nuit, dont la musique appelle une mie en scène, en condition... dont on dût se passer en la circonstance.

Ce sens de la mise en scène,
Moonspell l'a pleinement intégré. Ainsi l'arrivée du sieur Fernando Ribeiro cheveux grisonnants et chasuble de prêtre fera t-elle son petit effet... Une façon aussi pour nos Portugais d'entretenir leur obscurantisme austère, la voix caverneuse du même Ribeiro ne faisant qu'amplifier le constat. Mise en scène encore lorsque plus tard quatre mappemondes sont lâchées dans la foule, Ribeiro s'occupant personnellement de la dernière, l'étreignant, lui faisant subir les derniers outrages dans un remake presque salace du Dictateur de Chaplin... Et quand résonnent au crépuscule ces "Slow Down", "Handmade God", "2econd Skin", "Dekadance" ou ce final majestueux ("Vempiria" / "Alta Mater"), ce sont autant de piliers d'une cathédrale que l'on jurerait voir s'ériger inéluctablement, solennellement. Moonspell, incontournable demain ?

Il convenait après cela de... redescendre sur terre.
Napalm Death allait s'en charger sèchement. Bien sûr, on pourra toujours argué que les Anglais n'ont pas varié d'un iota dans leur obsession de la brutalité. Mais, pour le coup, on l'avait presque oublié. La faute (enfin, façon de parler) à un set redoutable de précision et toujours cette propension à prendre son monde à la gorge pour ne plus le lâcher. Bourrin ? Peut être, mais saisissant...

Le public était presque au complet, à l'exception de quelques skaters à trois francs, pour assister à la prestation de
Cradle Of Filth. Qui fut évidemment la plus impressionnante du festival, avec une production au niveau lumière qui touchait au sublime, un Lector parfait dans son rôle aux claviers, une Guntrud numéro deux, massive et blonde, qui imitait le rossignol dans son coin, en contrepoint des rugissements de Dani qui commence à prendre une certaine aisance scénique et à ressembler à un être mi-homme mi-bête. Bien évidemment, on entendait trop la batterie (en particulier la double grosse caisse) et pas assez les guitares, mais ce problème récurrent ne semble pas près d'être résolu. Ce qui n'a pas empêché le public d'apprécier à leur juste valeur "Beneath The Howling Stars" et "The Twisted Nails Of Faith", les deux extraits les plus marquants de Cruelty And The Beast. Mais aussi un rappel allongé et surprenant préfigurant la prochaine réédition de l'album puisque, à l'habituel "Hell Awaits" (Slayer), Cradle n'hésitera pas à adjoindre une reprise de Sodom ("Sodomy And Lust") et une énorme version du "Black Metal" de Venom, exécuté à quatre avec une énergie rare. En, route vers la gloire...


Retour