SPAIN KILLERS !

Festival de Menorrock, à San Javier en Espagne, le dimanche 13 août 2000

Source : KERRANG ! / Août 1990
Journaliste : Dave Everley

Classement : 5 K sur 5, note maximale ! !


Le premier show en douze mois de la légende britannique revigorée du grindcore

Deux heures du matin et il fait toujours 22 degrés à l'ombre. Ici, dans cette ville minuscule noyée sous le soleil de la côte est de l'Espagne, sur la vieille piste athlétique qui accueille la quatrième édition du festival annuel de Menorrock (moments forts : les vétérans du punk, Bad Religion, et les castras du métal, Hammerfall, plus une armada de groupes locaux), la fête semble durer toute la nuit.

Le ciel prend des teintes pourpres et l'air est chargé de poussière au moment où Napalm Death rentre sur scène. Napalm joue en tête d'affiche ce soir, d'où l'heure tardive. Mais même s'ils s'attendent à jouer devant un public assommé par la bière et gavé de poulet rôti (une spécialité du festival), ils n'en montrent rien. Ces dernières années ont été difficiles pour le quintet anglo-américain. Les hauts ont été brefs et surréalistes (des apparitions sur des télés à fort taux d'audience), les bas ont été prolongés et douloureux (une séparation peu amicale avec leur label de toujours, Earache). Mais maintenant, après des années passées à s'être fait enculer, l'heure de Napalm semble à nouveau avoir sonné. Leur nom a été cité par certains des acteurs principaux du néo-métal (Deftones, System, Slipknot). Plus pertinent, leur féroce nouvel album, Enemy Of The Music Business, est l'œuvre d'hommes qui se sont fait démolir depuis tellement longtemps que la seule chose possible qui puisse leur arriver est de remonter la pente.

Mais pour l'instant, ils s'occupent avec ce petit pari : tenter de divertir ces 4000 fans espagnols. Dire que Napalm Death a déjà donné un mauvais concert est erroné. C'est juste le degré de brutalité qui varie. Ce soir, ils apparaissent aussi inébranlables que les montagnes qu'on aperçoit à l'horizon. On a droit à "Suffer The Children" et "Unchallenged Hate" (courtes, sans répit, qui vous écorchent vif), "Infiltraitor" et "Breed To Breathe" (plus longues, broyantes, mais qui vous écorchent vif elles aussi). Le lugubre "Down In The Zero" est taillé sur mesure pour le cadre desséché dans lequel nous nous trouvons, "Next On The List" et "At The End Of A Chain", les nouvelles chansons, dégoulinent de rancœur comme seuls ceux qui ont une vraie paire de couilles peuvent le faire, et "Scum" sonne d'une manière si monstrueuse qu'on en chierait au froc. Oui, la rafale d'une micro seconde de "You Suffer" et "The Kill" donnent toujours l'impression d'être des innovations. Et non, rien n'évoque un refrain mémorisable. Merde. Vous cherchez de la frustration narcissique et de la colère édulcorée ? Alors allez chercher votre disque de Slipknot. Si vous voulez un truc qui arrache vraiment, alors écoutez Napalm 'Bastard' Death.

Ce soir, tout s'achève dans un tonneau de bruit duquel on écope "Nazi Punks Fuck Off", "Mass Appeal Madness" et "Siege Of Power" pour les déverser sur nos têtes couvertes de sueur. Greenway nous souhaite bonne nuit par quelques mots en espagnol, et ils nous quittent en nous laissant ramasser nos mâchoires tombées par terre dans un tourbillon de poussière.

Napalm Death a mis l'Espagne à mal...


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