LES PIONNIERS DU GRINDCORE

Interview de Barney, publiée courant 1999 dans le n° 3 du magazine Explicitly Intense

Un grand merci à Azad Dhomun qui a traduit cette interview !

Napalm Death est un groupe dont les qualités sont reconnues ici, en Angleterre, en ce moment. Très récemment, ils sont apparus dans le show télé de David Letterman "TFI Friday", suite à la demande de leur hôte Chris Evans. Il faut admettre que leur apparition fut très brève, jouant trois morceaux tirés des premiers albums, soit 2 minutes en tout. Mais c'est bien plus que ce que d'autres groupes très renommés ont actuellement en Angleterre. La chose la plus en rapport avec leur carrière est leur tout récent album, "Words From The Exit Wound" qui est sorti à la fin de l'année dernière. J'ai rencontré Mark 'Barney' Greenway, le porte-parole de ND, dans un concert au Barfly Club quelques jours après leur apparition télé.


"Words From The Exit Wound" est sorti en octobre dernier. Comment a-t-il été accueilli ?
Pour nous, c'est toujours un peu un combat. Il y a toujours des personnes dans la presse qui nous pointent du doigt pour des raisons insignifiantes et personnelles. Peut-être est-ce parce que nous ne nous sommes pas conformés, et c'est pour c'est pour cette raison qu'on peut voir ça comme un combat. Par contre, les fans l'ont très bien accueilli même si on continue dans cette évolution depuis quelques années. Nous gagnons encore des nouveaux fans, donc on peut dire que les choses vont bon train.

Que s'est il passé l'année dernière lorsque tu as quitté ND ?
On m'avait mis dehors et, honnêtement, je ne m'attendais pas du tout à cela. Ce n'était pas du tout une séparation amicale. Il y avait beaucoup de colère entre moi et le groupe. Je me faisais chier et le groupe se faisait chier avec moi. Après avoir été viré, je pouvais à peine les regarder dans les yeux. Voilà à quel point c'était intense.

On a interviewé Extreme Noise Terror dans le dernier numéro et ils ont parlé de la situation ou tu fais les vocaux. Qu'as tu à dire sur ce qui c'est passé avec eux ? (à ce moment de l'interview, Barney avait jeté un rapide coup d'œil à l'interview d'ENT)
Je n'étais pas réellement dans le groupe, j'ai juste chanté sur un de leur album. Ils m'ont proposé une place permanente au sein du groupe mais j'ai refusé. Je venais juste de rompre avec ND - que je ne trouvais plus très démocratique - et je ne voulais pas entrer dans un groupe ou Dean Et Ally avaient le contrôle total. J'ai aimé faire l'album, mais j'ai fait comprendre à Dean que j'étais là temporairement.

La vie au sein de ND est comment maintenant ?
Très bien. Je pense qu'en fait, ce split nous a aidé. Je déteste les critiques dispensables et les conneries au sein du groupe et je pense que cela nous a donné un bon coup de pied au cul pour qu'on commence à s'apprécier les uns les autres. On passe beaucoup de temps en tournée les uns sur les autres, et je pense que les nuances des gens t'affectent et rendent ta vision des choses brouillée. Mais les choses vont bien maintenant.

C'est quoi, l'histoire de 'TFI Friday' ?
C'est grâce à Chris Evans. Il passait ND lors de ses émissions de radios le matin, et il avait pensé que cela aurait été une bonne idée pour le show télé. Il n'y avait aucun plan marketing là-dessous, parce que ce groupe n'est pas un produit marketing de toute façon !

Comment cela s'est-il passé ?
C'était très bien. Les équipes nous ont très bien traités. A un moment, nous pensions que cela n'allait pas ce produire. C'est rare pour un groupe comme le nôtre de s'exposer comme ça et cela aurait pu nous faire plus de mal que de bien. Notre première considération était de ne pas nous faire huer. Nous n'étions pas dans un bon état pour que d'autres personnes commencent à nous emmerder et nous avons un sens de l'humour tordu. Aussi, on ne voulait pas être complètement anéantis parce qu'on avait un message important à faire passer - probablement plus important que n'importe quel autre artiste passant dans cette même émission. C'est pour cela que nous ne voulions pas passer pour des idiots et je pense que nous avons fait le show à notre manière.

Quelle est ta participation dans l'écriture de la musique ?
Nous gardons les choses très dingues. Je ne veux pas qu'on pense que je nous passe de la crème, mais je pense que les autres sont des musiciens plutôt doués mais ils n'ont jamais la reconnaissance qu'ils méritent. En fait, je ne peux pas écrire de musique mais, la plupart du temps, je suis avec eux quand ils écrivent et je leurs dis ce que je pense. Mais ça s'arrête là en ce qui concerne l'écriture de la musique, sauf pour les paroles, bien entendu.

Tes paroles parlent de problèmes très sérieux...
J'écris sur des problèmes qui affectent tout le monde, directement ou indirectement. Une chose que j'ai lu dans la presse une fois : Napalm est immature parce que je chante à propos de la politique. Ce n'est pas qu'un truc protestataire en passant, nous essayons de l'approfondir. J'ai lu quelque part qu'aujourd'hui, les paroles politiques que j'écris sont ennuyeuses, que nous devons écrire sur d'autres choses, mais pourquoi ? Ils pensent que si nous continuons à écrire des trucs aussi importants, nous courrons au suicide. Ecrire des paroles engagées ou politiques est une perte de temps parce que personne ne comprend, selon eux. Franchement, je pense que c'est une insulte envers nos fans.

Est qu'une personne comme toi peut influencer un kid a être plus actif socialement ?
Je ne peux pas obliger quelqu'un à faire quoi que ce soit. C'est à la personne de faire quelque chose de son propre gré. Si je devais avoir une influence sur des gens, c'est de ne rien prendre pour acquis et de tout questionner, tout en essayant d'être un peu plus tolérant envers les autres. Après, c'est vraiment à la personne de savoir jusqu'à quel point s'engager. Dans les mouvements politiques libéraux les plus durs, vous avez des soit disant 'street fighters' qui sont actifs et qui protestent à la lumière des projecteurs. Puis il y en a d'autres qui sont dans des organisations et qui font des choses plus secrètement et plus subversivement. Tout le monde a son rôle à jouer.

Ce line-up est là depuis 8 ans et, en gros, le groupe est là depuis 17. Vous est-il facile de rester tout le temps motivés ?
On a des hauts et des bas. Quelque fois lorsqu'on retourne des longues tournées, on veut tout arrêter, mais on s'y habitue. Et il y a toujours quelque chose pour m'intéresser au truc. Une chose qui nous a mis au test, c'est quand nous n'avions plus d'argent et nous n'avions pas droit à l'allocation chômage. Mais j'ai d'autres choses qui me rapportent de l'argent, assez pour payer le loyer et les factures.

Comment se déroule ta carrière de journaliste?
J'essaie de faire un peu plus de ce côté-la. Evidemment, il y a toujours le facteur temps qui rentre en jeu lorsque le groupe part en tournée, mais mon éditeur me comprend et je peux m'adapter. J'aime vraiment écrire et je me sens privilégié de pouvoir m'exprimer d'une autre façon que la musique. Certaines personnes peuvent penser que : il est dans un groupe et c'est grâce à ça qu'il a obtenu le job, comme certains musiciens qui écrivent. Mais premièrement, je n'écris pas comme étant Barney de Napalm et, deuxièmement, j'ai eu le job grâce mes compétences et pas à grâce à mon nom.

Tu es connu pour apprécier le rock mélodique. Est-ce que cela influence Napalm ?
Non pas du tout, en fait c'est l'opposition totale. J'essaie de garder les choses dingues parce que je suis traditionaliste de ce côté-là. La progression et l'influence sont bien, mais j'aime bien l'élément de base de ce qui constitue Napalm. Nous nous ne sommes pas vendus et nous avons pu garder notre intégrité. Progresser est bien - tant qu'on arrive à reconnaître le son de base, alors ça me botte.

Que penses-tu de la scène anglaise actuelle ?
Je ne pense pas qu'il en existe encore une et c'est dommage. La dernière scène anglaise, pour moi, était la scène Hard-Core des années 80 avec des groupes comme Napalm, Heresy, Extreme Noise Terror et la scène doom qui l'accompagnait. La scène a complètement disparu depuis, à cause de tout ce qui c'était passé. Après ça, la scène death était bonne avec beaucoup de tape-trading, mais maintenant elle est bien fragmentée. Il me semble que les groupes ne sont pas intéressés par le fait d'établir une scène. Peut être qu'ils pensent qu'ils n'auront pas le support et l'aide qu'ont les groupes américains. La scène hard-core était là parce que tout le monde se foutait du succès.

Certains groupes pensent qu'il y a une différence entre le public américain et européen. Est-tu d'accord ?
Je ne pense pas vraiment qu'il y ait une différence. Nous irons aux States bientôt pour jouer dans de petites salles, une chose que d'autres groupes ne cherchent même pas à faire. Mais l'ambiance est très bonne et c'est la même chose pour l'Europe. Il y a une sorte de distinction en Amérique du Sud parce qu'ils sont entourés par la nature et les pays ne sont pas très avancés. Le Japon, c'est une sorte de mélange entre les deux.

Est-ce que tu pense qu'il y a d'autres groupes que les kids devraient écouter ?
Oui, Nasum, un groupe suédois. Il n'y a que deux membres mais le bruit qu'ils produisent est excellent. Un autre groupe anglais que j'aime beaucoup est Scalplock, c'est un groupe plutôt traditionnel et rauque.

Combien de temps peut encore durer Napalm ?
Tu ne peux pas dire combien de temps cela va encore durer. Certaines personnes croyaient qu'on allait disparaître bien vite et on est encore là. Je ne serai pas surpris si nous sommes encore là dans dix ans.


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