LE NOUVEL ESSOR

Interview de Mitch menée par Henri Dumatray, parue dans le Hard Force de mai 1994

Le nouveau Napalm Death risque de beaucoup surprendre. Plus ordonné, plus accessible, plus travaillé aussi, il constitue une jolie suite au fumant "Utopia Banished". Mitch Harris nous parle de "Fear, Emptiness, Despair", l'album qui pourrait bien propulser son groupe à un échelon supérieur.


"Fear, Emptiness, Despair" (la peur, le vide, le désespoir) est le titre de votre nouvel album. S'agit-il de ce que vous éprouviez en l'enregistrant ?
C'est vrai, nous avons toujours senti ces trois sentiments au fond de nous. Au départ, nous étions partis avec un autre titre pour ce disque, mais nous nous sommes ravisés, pensant que "Fear, Emptiness, Despair" s'imposait davantage. A la base, nous sommes des gens heureux, mais je crois que ce titre colle parfaitement à NAPALM DEATH, à sa musique et à ses textes.

Si tu n'avais pas le groupe pour exprimer ces sentiments, comment ferais-tu ?
Je préfère ne pas y penser... J'essaierais sans doute une autre forme artistique... J'ai besoin de m'exprimer de toute façon.

Penses-tu que ce nouvel album constituera un tournant dans votre carrière, car il est plus construit et plus mélodique que ces prédécesseurs ?
Je crois que c'est de loin notre meilleur album et qu'il a le potentiel nécessaire pour que nous puissions jouer avec différents groupes dans d'autres créneaux musicaux. Ce que nous voulions faire, c'est toucher un public qui jusque-là ne s'intéressait pas à Napalm Death, et qui pourrait être séduit par "Fear, Emptiness, Despair".

Musicalement, Napalm Death progresse t-il ?
Oui, je le crois fermement. Nous sommes plus mâtures désormais que nous ne l'avons jamais été. De façon générale, nous avons constamment progressé d'un album à l'autre, mais cette fois les améliorations sont particulièrement sensibles au niveau de la composition, des arrangements, et de la façon dont nous voulons faire bouger le public. Cet album a été écrit particulièrement dans le but d'obtenir une réponse très favorable en concert.

"Fear, Emptiness, Despair" est très compact, musicalement. C'est aussi dû à votre progression ?
Oui, je suis d'accord. Cette unité nous donne une force considérable et est principalement due au fait que nous nous entendons parfaitement entre nous. Nous nous comprenons magnifiquement bien. Peut-être que ce nouvel album semblera plus technique à certains, mais je peux dire que NAPALM DEATH a eu nettement moins de mal à le réaliser que "Utopia Banished", dont les morceaux étaient nettement plus difficiles à jouer. Pour nous, les compos de "Fear, Emptiness, Despair" étaient parfaitement compréhensibles et naturelles. Nous sommes en tout cas très heureux du résultat.

Votre musique est tout de même plus élaborée que par le passé ?
Oui, tu as raison. C'est difficile de penser à ce que seront les vocaux de NAPALM DEATH dans le futur mais je crois que pour cet album, Barney a vraiment bien chanté. Ca colle parfaitement avec la musique, à mon avis. Il aurait été impossible d'avoir un chant aigu du style heavy metal, ou plus mélodique. Mais je suis conscient que certaines personnes apprécient la partie musicale de NAPALM DEATH et pas les vocaux. C'était impossible de faire autrement, Barney a essayé mais ça ne marchait pas. Je crois que son chant accentue notre côté puissant et puis, il fait partie de notre identité. D'une manière générale, nous n'avons jamais eu d'aussi bonnes critiques par rapport à un album et il semble qu'il y ait désormais du monde derrière nous, qui nous soutient. Cela peut nous ouvrir des portes car je pense que les gens ont compris d'où nous venions.

"Utopia Banished" a souvent été cité comme référence dans un certain style musical. En êtes-vous conscients ?
Oui, car je crois que NAPALM DEATH a pris sa part dans l'évolution de la musique et il est probable pour ne pas dire certain que nous allons poursuivre dans ce sens. Nous voulons continuer d'innover afin de rendre ce style "populaire" partout dans le monde. "Utopia Banished" était une référence, car c'était un disque très rapide et intense. Mais depuis, nous avons franchi un autre pas.

A vos débuts, vous aviez vraiment une réputation de groupe bruyant et plutôt bordélique. Penses-tu que cette image ait évolué ?
Oui, je sens que la musique que nous faisons maintenant est plus accessible. D'un autre côté, les gens ont maintenant le sentiment que nous jouons vraiment de la musique et que nous ne faisons pas simplement du bruit. Depuis que je suis dans le groupe, j'ai toujours considéré que NAPALM DEATH jouait de la musique, et que celle-ci n'était pas vraiment facile à interpréter. Certains ont cru que c'était du vacarme, des vocaux hurlés, un chaos total, mais beaucoup ont changé d'opinions et je crois que la tendance générale est dans ce sens. Il y en a qui ne nous ont jamais aimés avant, mais qui commencent à venir vers nous et à apprécier ce que nous faisons. Cela constitue pour moi un accomplissement. C'est tellement difficile de faire changer les gens d'opinion...

Penses-tu que NAPALM DEATH bénéficie en outre du changement des mentalités, plus réceptives désormais à apprécier le hard rock, le heavy metal et ses dérivés ?
Sans aucun doute. La musique extrême en général est en grand regain de forme. Je ne dirais pas que PANTERA est le groupe le plus extrême de la planète, loin s'en faut, mais il est tout de même sacrément costaud et il rencontre un énorme succès. Si les gens se mettent à aimer des groupes comme PANTERA, SLAYER, SEPULTURA, METALLICA, je crois que l'étape suivante devrait les amener logiquement à NAPALM DEATH, qui est encore plus extrême. Mais je pense que tu as entièrement raison quand tu dis que nous bénéficions du courant général qui a lieu actuellement.

Et en concert, aimes-tu les réactions du public lorsqu'elles sont extrêmes ?
Assez, je dois l'admettre. Je ne veux pas dire par là que j'apprécie quand les fans en viennent aux mains, mais j'aime voir le public bouger et devenir cinglé. Je n'ai rien contre le slam ou le stage-diving. Le groupe se défonce lorsqu'il joue devant ses fans, il leur donne le maximum. Aussi j'aime que ceux-ci nous renvoie une partie de l'énergie que nous avons. C'est très frustrant de se démener et de voir les gens rester raides comme des piquets. Mais cela n'arrive presque jamais, heureusement. J'espère que la France appréciera notre prochaine venue, entre fin mai et début juin, et que l'ambiance y sera brûlante !


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