DOUBLE SALVE

Interview de Mitch menée par Daniel Oliveira, publiée dans le numéro de Hard Force de janvier 1996

Habituellement, Napalm Death nous offre un album d'une heure environ de musique meurtrière, et c'est généralement bien suffisant pour déformer le corps humain. Or, cette fois, le groupe frappe à deux reprises, et il est difficilement imaginable que le monde en réchappe ! Les maître suprêmes du grindcore viennent de sévir : un mini album comme sommation, "Greed Killing", et le nouveau disque, "Diatribes". Hors du champs de bataille, Mitch Harris évoque avec nous ces deux assauts successifs.


Pour quelles raisons avez-vous sorti deux disques en aussi peu de temps ?
Le mini album avait pour but de promouvoir le nouveau disque. Notre label souhaitait que "Greed Killing" paraisse comme un CD single ; de notre côté, nous voulions inclure plus de morceaux. Ainsi, les fans en auraient davantage pour leur argent. Nous avons écrit 18 titres, soit un peu trop pour un album traditionnel et pas assez pour un double. "Greed Killing" comprend donc quatre titres bonus, une version live de "Plague Rages" et deux compositions figurant sur "Diatribes". Nous assurons la promotion du mini album par une tournée express en Europe et aux Etats-Unis. Après la sortie mondiale de "Diatribes" (30 janvier), nous ferons une tournée complète, mais Barney a une peur bleue des avions...

...vraiment ?
Oui, alors nous ne pouvons jouer qu'en Europe et aux Etats-Unis. Pour notre précédente tournée, il s'est rendu en Amérique en bateau ! Nous essayons de le convaincre, car nous avons sérieusement besoin de visiter d'autres pays.

"Diatribes" et "Greed Killing" préservent l'agression musicale de Napalm Death...
"Fear, Emptiness, Despair" avait ouvert de nouveaux horizons musicaux. La composition sur "Diatribes" s'est déroulé naturellement, sans aucune contrainte. J'étais effrayé à l'idée de ne pas évoluer, mais le résultat de "Diatribes" nous a prouvé le contraire. Tout comme nous progresserons à l'avenir, cet album est un instantané du Napalm Death actuel.

Quels textes reflètent le mieux l'état d'esprit du groupe et ses critiques à l'égard de la vie ?
La plupart des paroles sont l'expression de points de vue personnels ; il n'y a aucune notion politique ni généralité. Il est question des problèmes quotidiens qui nous révoltent. "Greed Killing", par exemple, traite de notre combat permanent en tant que Napalm Death pour nous faire connaître du public. Il es très difficile de conquérir de nouveaux fans. Certaines formations parviennent au succès du jour au lendemain, mais nous devons pour notre part bâtir notre carrière en douceur. La plupart de nos textes relatent la misère sociale. La vie en Angleterre est déprimante parfois. Cela se ressent à travers le groupe, car nous sommes devenus amers. Cette lutte sans fin pour poursuivre a toujours été le thème dominant dans nos compositions. Nous sommes des musiciens heureux, mais frustrés par certains aspects de notre carrière.

Pour quelle raison avez-vous fait appel à Colin Richardson pour produire les deux albums les plus récents ?
Après avoir produit "Mentally Murdered" et "Utopia Banished", Colin a fait d'énormes progrès comme producteur. Il a formidablement bien bossé avec Machine Head, Carcass, Fear Factory. Malheureusement, nous avons travaillé avec quelqu'un d'autre sur "Fear, Emptiness, Despair". L'album sonnait comme de la merde et nous avons demandé à Colin de le remixer pour l'améliorer. Nous l'avons à nouveau invité sur "Diatribes" parce que nous souhaitions un son direct, propre et heavy. Après 10 ans, nous avons enfin sorti un album qui nous satisfait complètement. A la suite de chaque enregistrement, nous avons toujours eu envie de changer quelque chose, mais cette fois, personne ne se plaint de quoi que ce soit.

Vous êtes deux guitaristes, mais Napalm Death n'a pratiquement jamais de solos de guitare...
Le groupe n'est pas branché par les solos. Je les déteste car nombreux sont ceux qui ne jurent que par ça comme s'il s'agissait d'une composante absolue. Je préfère écouter un bon riff de base, parce qu'un solo altèrerait sa qualité. J'aimais bien les bonnes vieilles parties solos de Destruction, Kreator et Slayer, mais tout ce qui se fait aujourd'hui est ennuyeux à mourir. Jesse aime occasionnellement en jouer, mais ma préférence se porte sur les bruits bizarres et les harmonies. Il est plus intéressant de mélanger deux riffs que d'en faire un dans un solo. A côté de ça, l'absence de solos nous permet d'écourter les titres.

Bien qu'il ne demeure personne du line-up original, Napalm Death a toujours préservé une sacré notoriété. Vous inspirez-vous des vieux albums pour écrire de nouveaux morceaux ?
Le Napalm Death originel est toujours présent dans ma mémoire, dans la mesure où j'étais un grand fan du groupe avant de le rejoindre. Ce fut pour moi un immense honneur que de pouvoir reprendre le flambeau. Depuis "Scum", le groupe a changé petit à petit de sonorités. Nous n'apprécions pas les groupes qui sortent des albums identiques.

Avec des membres américains et anglais, comment vous organisez-vous pour vos affaires en général ?
Lorsque Jesse et moi avons rejoint le groupe, nous avons opté pour une installation en Angleterre afin de gérer nos intérêts 24 heures sur 24. Le groupe est donc toujours ensemble pour parler et répéter. Jesse, Shane, Danny et moi-même habitons la même maison, et Barney vit à proximité. Ce système fonctionne bien car nous confrontons nos idées musicales avant d'entrer en répétition. Malgré ça, ce n'est pas facile, car notre vision de Napalm Death diffère d'un membre à l'autre.

Où en est ton projet parallèle, Meathook Seed, avec Trevor Peres d'Obituary ?
J'aime la musique indus, mais je ne peux en jouer avec Napalm Death. Tandis que Napalm Death est un trip de guitares noisy, Meathook Seed est un trip de folie heavy. Parallèlement à la notion industrielle de ce projet, j'écris des textes subjectifs qui ne peuvent convenir à Napalm Death. Je vais sortir un nouvel album car le précédent avait déjà pris quatre années à paraître. NapalmDeath est mon activité principale, donc je ne peux me consacrer à Meathook Seed que lorsque j'en ai le temps. Ce sera un disque très différent compte tenu que je ne veux pas entendre le public dire : "cela aurait pu être un album de Napalm Death". Cela prend du temps pour parvenir à dissocier ces deux projets.

Pour avoir si bien développé avec Napalm Death les extrêmes de la musique heavy, quel regard portes-tu sur la nouvelle génération dans ce créneau ?
Par chance, le métal extrême est très bien accepté par le public. C'est agréable de constater la popularité de Machine Head, Pantera et Fear Factory. En sortant des albums, ces groupes savent comment les présenter au public. Napalm Death possède également un potentiel, mais nous aimerions plutôt toucher un public qui n'a jamais eu l'occasion de nous voir. Nous voulons nous développer tout en ménageant notre clientèle d'habitués.


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