AUX SUIVANTS !

Interview de Barney menée par Olivier Badin, parue dans le Hard'n'Heavy de août-septembre 2004


Les années, les modes passagères et les nombreux à-côtés n’ont toujours pas eu la peau de Napalm Death. Et si "Leaders Not Followers" était presque une renaissance, son successeur, "Leaders Not Followers 2" sera une confirmation : ce vieux Napalm a gardé son piquant !

« Ce n’est pas très grave, de toute façon, je n’ai jamais une minute à moi ! ». Mark ‘Barney’ Greenway vient de rentrer du boulot. Et ce grand amateur du ballon rond, supporter du club anglais d’Aston Villa, aurait bien aimé profiter du match France – Croatie de l’Euro 2004. Sauf qu’au lieu de cela, le voilà en train de papoter sur les vertus des groupes punks underground de 1986 avec un scribouillard français. Bref, le chanteur de Napalm Death nous aurait envoyé chier que nous n’aurions (presque) trouvé rien à redire. Mais ce grand monsieur a beau avoir tout vu et tout fait, en quinze ans de carrière avec l’institution britannique créatrice officielle du mouvement grindcore, son flot de paroles est toujours aussi ininterrompu que réfléchi. Même quand la discussion dévie sur la pente savonneuse des épreuves personnelles que le groupe traverse actuellement.

Cet album de reprises a été enregistré durant l’été 2003. Pourquoi ne sort-il que maintenant ?

Nous n’avions plus de label et nous n’arrivions pas à décider ce que nous voulions faire. Nous pensions initialement le sortir grâce à notre propre structure, FETO, car nous avions été échaudés par toutes nos expériences précédentes et nous ne nous sentions pas capables de faire de nouveau confiance à une tierce personne. Sauf que la réalité nous a rattrapés : nous nous sommes rendus compte de la masse de travail que cela impliquait. Et contrairement à ce que beaucoup de gens pourraient croire, Napalm Death ne nous suffit pas pour vivre. Ou alors pas décemment (rires) ! Certains d’entre nous, comme Mitch (Harris, guitare) ont une famille à nourrir. Nous avons tous un autre boulot. Et gérer un label est un luxe qui nécessite un investissement personnel que nous ne pouvons pas nous offrir à l’heure actuelle. Or, comme Century Media nous courait après depuis quelques années déjà et qu’il nous a fait une proposition honnête, nous avons accepté de travailler avec lui.

Vous vous étiez amusés à nommer votre neuvième album "Enemy Of The Music Business" (2000) au point d’utiliser cette maxime comme nom pour votre site internet officiel. Cette prise de conscience de l’obligation de traiter avec un milieu que vous abhorrez a dû être douloureuse…
Nous sommes des adultes et nous nous sommes rendu compte que c’était tout simplement impossible de tout gérer. Nous avons financé l’enregistrement de "Leaders Not Followers 2" nous-mêmes, vu que nous n’étions soutenus par aucun label. Mais nous étions tellement fauchés que nous avons dû emprunter cet argent ! Nous ne sommes restés qu’une seule semaine en studio, et une fois l’enregistrement terminé, nous n’avions plus rien pour payer le mixage et le pressage. A moins de rencontrer un mécène inattendu, nous étions obligés de signer à nouveau avec un label.

Comment expliques-tu que le premier volume de "Leaders Not Followers" vous ait relancés, commercialement et artistiquement parlant, à un moment où le groupe était sur la pente descendante ?
Je n’en ai aucune idée. Nous nous sommes vraiment éclatés à enregistrer cet EP, et cette bonne ambiance est devenue communicative. De plus, il contenait un nouvel enregistrement de la reprise des Dead Kennedys "Nazi Punks Fuck Off", avec laquelle nous finissons tous nos concerts depuis dix ans. Or, même si ce n’est pas une chanson que nous avons écrite nous-mêmes, elle est l’une de celles qui résument le mieux les valeurs pour lesquelles Napalm Death s’est toujours battu.

Mais ce n’est pas un peu cliché, de nos jours, de faire un disque de reprises ?
Ces morceaux sont si bons que nous n’avons même pas besoin de nous justifier ! Et puis, soyons lucides, actuellement, qui d’autre que nous peut choisir de reprendre un titre de Massacre uniquement disponible sur sa deuxième démo de 1986 ? Ou penser à reprendre Devastation (mythique groupe de thrash US de la seconde moitié des années 80 – ndr) ? 80 % des dix neuf titres de "Leaders Not Followers 2" sont issus de groupes inconnus du grand public et dont les albums sont aujourd’hui soit introuvables, soit très rares. C’est presque une œuvre de salubrité publique (rires) ! C’est en tout cas une façon de rendre hommage à tous ces groupes qui ont énormément compté dans notre évolution en tant que musiciens, et de leur permettre de ne pas tomber aux oubliettes. Je peux d’ailleurs déjà te dire que nous comptons sortir régulièrement des volumes de "Leaders Not Followers" ; Nous espérons d’ailleurs déjà en sortir un troisième en 2005. Il existe une telle quantité de musique underground de cette époque… Bien meilleure que la majorité des choses actuelles, si tu veux mon avis. Nous avons essayé de faire ces reprises en les adaptant à notre sauce mais en également en tentant de rester fidèles aux originaux. Par exemple, pour la reprise de "Messiah" de Hellhammer, nous avons utilisé exactement le même effet sur le chant qu’utilisait Tom G. Warrior en 1983.

Comment avez-vous choisi ces reprises ?
Chacun était censé choisir dix titres dans son coin. Puis, nous devions ensuite nous réunir pour rassembler les souhaits de tout le monde et établir une liste finale. Bien sûr, ça a été bien plus difficile que prévu, et nous nous sommes tous pointés avec trois fois trop de choses. Moi-même, j’avais bataillé pour ne retenir qu’une « petite » liste de trente-cinq noms ! Comme cet enregistrement était une course contre la montre à cause du faible budget dont nous disposions, "I’m Tired" de Die Kreuzen, la dernière reprise mise en boîte, a été torchée en deux prises. Nous n’avions tout simplement plus d’argent pour payer plus d’heures de studio !

Pourquoi votre guitariste Jesse Pintado était-il absent lors de votre dernière tournée européenne ?
Disons que Jesse a été gravement malade. Pour être honnête, la source de son mal était l’alcool. Ca a créé de graves problèmes qui auraient, je crois, poussé beaucoup d’autres groupes à le virer sans ménagement. Je préfère ne pas trop entrer dans les détails, mais disons que ça fait quelques années que ça traînait. Il lui est arrivé de disparaître en plein milieu d’un enregistrement pendant plusieurs jours sans donner de nouvelles… ou d’avoir des réactions inattendues et disproportionnées. Nous l’avons donc sommé de se remettre dans le droit chemin, et il est parti se reposer quelques mois chez ses parents en Californie.

Entre toi qui est straight-edge et Shane (Embury, basse) qui n’est plus autorisé à trop boire à cause de ses graves problèmes de santé, la cohabitation devait effectivement être difficile…
Shane a, pendant de longues années, un peu trop abusé et il en a payé le prix. Mais ça n’a jamais affecté Napalm Death. Quant à moi, je bois de temps en temps. J’avais arrêté car j’avais fait des abus pendant mon adolescence. Ca me rendait agressif et, il y a quinze ans, j’ai décidé de ne plus me laisser contrôler par les drogues. Sauf que nous avons souffert d’une chaleur écrasante l’été dernier, à Londres. Et je me souviens très bien qu’un soir, assis à la terrasse d’un pub, j’ai soudainement désiré une bonne bière fraîche. J’ai fini par craquer… Et je ne le regrette pas. Parce que maintenant, j’ai la maturité pour apprécier un verre ou deux sans pour autant tomber dans l’excès. Contrairement à Jesse. Mais c’est notre frère et nous ne le laisserons pas tomber. Toutefois, il faut appeler un chat un chat : Jesse est alcoolique. Il s’est enfin décidé à se faire soigner. Ca demandera du temps et beaucoup de patience. Comme il allait mieux, il a pu participer aux quelques concerts que nous venons de donner au Brésil. Et rien que d’être de nouveau sur la scène avec nous, ça lui a rappelé combien ce groupe était important pour lui. Napalm Death a du affronter trop de galères pour laisser tomber maintenant.


Retour