LE SALE AIR DE LA PEUR

Interview de Barney et Jesse menée par Manuel Rabasse, parue dans le numéro de Hard'n'Heavy de juin 1994.

Quand bien même il ne comprend plus aucun de ses membres originaux, Napalm Death ne se décourage pas pour autant. Fear, Emptiness, Despair est le nom de sa nouvelle bombe. Tout un programme à propos duquel les premiers intéressés se montrent pourtant peu loquaces.

La comparaison pourrait s'arrêter là mais force est de constater que la carrière de Napalm Death possède au moins un point commun avec celle de Sepultura : la sortie d'un cinquième album coïncidant, à quelques mois près, à une escapade assez significative du leader de facto des deux groupes, même si les calendriers respectifs sont inversés. Il y a en effet quelques mois, Shane Embury, bassiste et doyen du groupe - il a participé à l'enregistrement du deuxième LP, From Enslavement To Obliteration (Earache, 1988), s'autorisait une sorte de récréation en enregistrant un album avec Lou Koller, ci-devant chanteur des maîtres du hardcore new-yorkais de Sick Of It All. Le duo répondant au patronyme de Blood From The Soul semble avoir permis au Benny Hill du grindcore d'exprimer ses penchants les plus métalliques, au sens propre du terme, rappelant en cela le Nailbomb de Max Cavalera.

Pour le reste, il faut bien avouer que l'avenir des anglais paraît beaucoup plus sombre que celui de nos joyeux brésiliens. Le dernier membre originel, Mick Harris, batteur aussi paranoïaque qu'innovateur (c'est lui qui popularisa ce style de batterie ultra speed qui caractérise Napalm Death depuis le révolutionnaire et premier album du groupe, le justement mythique Scum - Earache, 1987) s'est fait la malle mi-92
(web : perdu, Mick est parti mi-1991). Si le groupe s'est forgé depuis une nouvelle popularité au sein du milieu death metal, il n'en cherche pas moins son identité, les fredaines d'Embury n'étant pas faites pour rassurer, d'autant que sa déprime chronique semble lui interdire de répondre de manière convaincante aux interviews.


Mark Greenway, dit Barney, autrefois vocaliste de Benediction et chargé de vociférer sauvagement au sein de Napalm Death, semblait tout indiqué pour nous indiquer le pourquoi du comment de ce nouveau chef-d'œuvre, à l'intitulé particulièrement engageant : Fear, Emptiness, Despair. "Semblait", c'est bien le mot, car en vérité...

LANGUE DE BOIS
Alors, Barney, parle nous un peu de ce disque.
Ah ben moi, j'peux pas vous dire grand chose, j'ai pas du tout participé à la composition. Moi, j'écris la plupart des textes, j'arrive, je hurle au-dessus du boucan que font les autres et je rentre chez moi !

Ah ! Mais les choses ont un peu changé, non ?
Je ne trouve pas. J'ai conservé ma manière de chanter car je pense qu'elle convient parfaitement à la musique. Bon, c'est vrai que l'ensemble a un peu évolué, c'est plus retenu qu'auparavant. Je trouve d'ailleurs les nouveaux morceaux assez bizarres. En principe, je préfère les choses plus speed, plus traditionnelles, dans un sens. Mais bon, il faut bien progresser, non ?

Pour sûr ! A ce propos, as-tu participé à des projets annexes toi aussi, histoire de te changer les idées ?
Moi ? non. Les autres, oui. Je ne sais pas, ce n'est pas mon truc. Moi, ce que j'aime, c'est faire le journaliste. Je bosse pour le magazine Raw.
Ah oui ? C'est intéressant. Et quelle question poserais-tu à Napalm Death en interview ?
Euh... Je ne sais pas. Il faudrait que j'y réfléchisse, je ne peux pas trouver une question comme ça, au débotté.
D'accord. Eh bien, ça n'est pas grave, hein ? !


Coup de chance, Jesse Pintado, guitariste en des temps anciens de Terrorizer (1988, en gros) avant de rejoindre Napalm Death à la même période que Barney, semblait plus inspiré par les tenants et les aboutissants de La Peur, Le Vide, Le Désespoir, projet qui aurait pu ressembler au dernier-album-avant-la-déchéance.

UN ALBUM MOINS BRUTAL
Sacré Jessie ! Alors, qu'as-tu fait durant tout ce temps ?
Moi ? Oh, pas grand chose. J'ai joué de la guitare, ressorti des vieux trucs, histoire de travailler. Je suis aussi allé jammer avec mon pote Pete Sandoval de Morbid Angel (NDRL : qui fit lui aussi partie de Terrorizer), mais rien de bien sérieux.

Et ce nouvel album, comment le décrirais-tu ?
A mon avis, les différences essentielles tiennent d'abord au fait que, pour une fois, on a eu tout notre temps pour le préparer, sans avoir une date limite d'enregistrement. Ce qui fait qu'on a passé la plus grande partie de l'année dernière à discuter, à répéter, à écrire les morceaux. Ensuite, on a surtout cherché à élargir notre champs d'investigation au niveau des tempos, sortir des rythmes à fond tout le temps "à la Slayer", ralentir l'ensemble, donner parfois un côté plus rock. Il y a même des beats quasiment enjoués, sur lesquels on aurait pu mettre un truc presque joyeux. En fait, on sort quand même la grosse artillerie mais, ça, c'est une des grosses innovations de ce disque.

C'était délibéré, cette volonté d'enrichir les morceaux ?
C'est marrant que tu me dises ça car, s'il y a quelque chose de nouveau sur cet album par rapport au précédent, c'est bien la simplicité. Utopia Banished était techniquement un album très difficile à jouer, avec des tas de changements d'accords. Ceci est beaucoup plus basique, comme si avait découpé Utopia... en quatre ! De toute façon, ça n'avait pas d'intérêt. Avec Utopia, on avait fait notre album le plus brutal. On n'avait plus rien à prouver dans ce domaine.


Le paragraphe ci-dessous provient d'un magazine français qui est sorti à la même époque. Je n'ai malheureusement pas gardé les références et je n'arrive pas à l'identifier. Mais il complète bien l'interview que vous venez de lire...

Tous albums cumulés, Napalm Death est un gros vendeur dans le club très restreint des leaders du death metal. Ce succès est peut être dû au fait que jamais le groupe de Birmingham n'a donné dans le death caricatural. "Je ne pense pas que les deux premiers albums du groupe, Scum et From Enslavement to Obliteration, puissent être qualifiés de death metal, explique le guitariste Mitch Harris. C'est seulement à partir de Harmony Corruption que nous avons inclus quelques éléments de death. Je pense que Napalm Death a toujours proposé quelque chose de différent de tous ces groupes qui se copiaient les uns les autres, qui ne cherchaient à aller plus vite et à écrire des textes plus gore. Napalm Death a sa propre façon d'être brutal. Sur le dernier album, Fear, Emptiness, Despair, nous avons essayé des sonorités nouvelles tout en conservant notre style de base. Nous allons poursuivre dans cette voie à l'avenir".


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