SHANE REACTION

Interview de Shane menée par Olivier Badin, parue dans le Hard'n'Heavy de novembre 1998.

La mort au Napalm pourfendeuse de nazis, le groupe qui donna naissance avec "Scum" au grindcore, ce Godzilla sonore né des amours incestueux du death metal et du punk, pas de problèmes... on connaît. Mais ici, pour la sortie de "Words From The Exit Wound", le huitième album du groupe (un record dans la profession), on s'est un peu soucié du petit cœur qui battait sous la carapace de gros dur de Shane Embury, bassiste de son état depuis une décennie.


"J'ai trente et un ans. Je ne roule pas sur l'or, j'ai même la fâcheuse habitude d'être un peu trop souvent fauché et je passe ma vie sur la route. Pas terrible comme résumé, n'est-ce pas ? Mais finalement, je m'en sors pas si mal que ça." Malgré un bon gros rhume, un comble pour quelqu'un qui vient d'un pays où un crachin perpétuel semble être la seule météo autorisée, Shane Embury reste un interlocuteur d'exception. Car tout chez Napalm Death impose le respect. Alors au diable si la machine commence à se rouiller si on s'en tient à l'écoute d'un "Words From The Exit Wound" un peu fade, c'est toujours un privilège de passer un moment avec un groupe qui n'a jamais renié ses convictions personnelles et qui continue là où beaucoup d'autres auraient jeté l'éponge depuis longtemps. D'ailleurs, l'intéressé lui-même avoue son étonnement d'être là : "Mes professeurs au lycée me considéraient comme une cause perdue. Ils me prédisaient une existence minable, au mieux à vendre des fish'n'chips dans un boui-boui minable de Birmingham. Je leur ai prouvé que j'ai su faire quelque chose de ma vie."

REMUE-MENINGES
Même si Shane tique lorsque Napalm Death est qualifié de grand-père de l'extrême ("On est un peu jeunes pour le rôle, non ?"), il n'a pourtant pas à s'inquiéter que sa bande de sales punks devienne enfin "fréquentable". Preuve en fut avec le couperet acéré de la censure qui est tombé à bras raccourci sur leur dernier clip vidéo, "Breed To Breathe" : "En fait, c'est essentiellement MTV qui a refusé de le diffuser pour des raisons assez difficiles à élucider ! Mais je dois avouer un peu coupable que nous sommes assez fiers de voir Napalm Death toujours considéré comme 'dangereux', fier de provoquer la polémique autour de nous." Il ne faut pas se fier à l'accent cockney pur souche garanti 100 % d'élevage anglo-saxon de notre gaillard, Napalm est loin d'avoir un seul petit cerveau pour tout le monde. Nous, pauvres non anglophones d'origine que nous sommes, nous avons souvent du mal à voir où ils veulent en venir avec leurs paroles tordues... Shane fournit volontiers le manuel ! "Je suis garant d'une certaine mentalité punk et quand j'écris des textes pour Napalm, j'ai tendance à aller droit au but. En revanche, dans le cas de Barney, les choses sont moins évidentes (rires) ! Il a quand même un Master en anglais (l'équivalent de notre DEUG - ndrl). Je suppose que ceci explique cela..."

KINGDOM COME !
Napalm est aujourd'hui à moitié américain. Le batteur Danny Herrera et le guitariste d'origine mexicain Jesse Pintado viennent de Californie, tandis que Mitch Harris a quitté son Las Vegas natal pour rejoindre le groupe. Entre les citoyens de sa majesté et les rejetons de l'Oncle Sam, les choses se passent-elles toujours sans anicroche ? "C'est surtout Mitch qui a eu du mal au début. Il n'arrivait pas à comprendre comment on arrivait à supporter ce temps toute l'année ! Mais il a aujourd'hui une copine, une petite fille et il vit toute l'année en Angleterre. Je crois qu'il est même devenu plus britannique que nous !" Après de multiples fluctuations, le line-up actuel de Napalm Death a réussi à tenir le choc plus de six ans consécutifs. Enfin, si on exclut la douloureuse parenthèse survenue juste avant l'enregistrement de "Inside The Torn Apart" qui valut à Barney d'être officiellement renvoyé avant de revenir quelques mois plus tard : "Au bout de tant de temps passé ensemble, les gens développent un égo surdimensionné. Tu crois que tu as toujours raison et que ce sont les autres qui ont tort. Moi-même, j'ai eu tendance à penser comme ça pendant un moment. Barney a fait la même erreur. Si bien qu'il n'a pas fallu longtemps avant que cela éclate. Le titre de cet album reflète d'ailleurs bien l'ambiance particulière qui régnait avant son enregistrement. Ce qui m'embête surtout aujourd'hui, c'est que mon ami Phil Vane (Extreme Noise Terror, et qui servit d'intérimaire - ndrl) se soit retrouvé au milieu de tout ça. Mais bon, d'une certaine façon, cette crise a été bénéfique. Elle a permis de libérer une certaine tension. Maintenant, tout est rentré dans l'ordre, on s'entend mieux que jamais."

LIBERTE DE PAROLE
Au cours des années, la tradition a voulu que Shane ou Barney restent les interlocuteurs exclusifs des médias et les autres membres du groupe ont acquis une quasi confidentialité : "C'est juste une habitude qu'on a prise. Mais il est temps que la roue tourne et je crois que la prochaine fois, je ne vais pas me gêner pour filer un bon coup dans le cul à Jesse par exemple pour qu'il dise deux-trois mots (rires) ! Il est vrai que Danny et lui sont plutôt discrets et réservés. Ceci dit, quand ils ont quelque chose à dire, ils ne se gênent pas pour le faire..." L'idée de groupe est si forte que Shane pousse le vice jusqu'à vivre avec deux membres du groupe à Birmingham. "Et encore, on a toujours un chambre de secours pour Mitch quand il s'engueule avec sa petite amie ! Et on va peut être avoir un quatrième colocataire, Nick Barker de Cradle Of Filth ! Je fomente d'ailleurs avec lui et Jesse un groupe de death metal des plus sauvages baptisé pour l'instant Lock Up. Notre maison va devenir un vrai temple du métal (rires)."


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