ND : DU DEATH METAL ?

Article de Frank Frejnik, paru dans le Hard'n'Heavy spécial death metal sorti en juin 1999

Comment expliquer qu'un groupe comme Napalm Death soit plébiscité aussi bien par le public métal que par la caste hardcore ? Comment expliquer ce respect aussi aveugle de la part de ses confrères, qu'ils s'appellent Cradle Of Filth, The Haunted, Turmoil ou Lag Wagon ? L'histoire et le parcours du groupe de Birmingham apporte quelques réponses mais n'explique pas tout, Napalm Death prenant bien soin de brouiller les pistes. Quand on l'attend du côté métal, c'est en groupe hardcore qu'il apparaît (reprise des Dead Kennedys, split-single avec Coalesce). Mais avant tout, ce qui rend Napalm Death intouchable, c'est qu'il est à lui tout seul un résumé de la musique extrême, un cœur d'où rentre et sort le sang régénérateur du mouvement.


DREAM TEAMS
A la base, Napalm Death est un groupe de punk-rock comme il en existait beaucoup en Angleterre durant l'année 1982. Un certain Nik Bullen en est l'initiateur. Les premières traces vinyliques du groupe se trouvent sur les compilations Bullshit Detector, produites par le label des anarcho-punks Crass. Justin Broadrick et Mick Harris entreront dans le groupe dés 1985 en qualité de guitariste et batteur. En trio, ils enregistrent ce qui est aujourd'hui la face A de l'album Scum. En face B, la formation a presque entièrement changé, puisqu'on ne retrouve plus que Mick Harris. Bill Steer est venu remplacer Broadrick, Shane Embury (issu de Unseen Terror) Nik Bullen, et c'est un certain Lee Dorrian qui tient désormais le micro. Les changements de personnel ne cesseront qu'en 1991 avec l'arrivée du batteur Danny Herrera qui scellera la formation que l'on connaît aujourd'hui, c'est à dire Jesse Pintado (ancien Terorrizer) et Mitch Harris (ex-Righteous Pigs) aux grattes, Mark "Barney" Greenway (de Benediction) aux vocaux et l'ancêtre Embury. Impressionnant de voir comment d'un simple combo punk sont nés quelques-uns des groupes extrêmes les plus talentueux de cette décennie. Il y aura eu Godflesh formé par Justin Broadrick ; Mick Harris ira fonder Defecation et Scorn (avec Nik Bullen), Lee Dorrian deviendra le leader de Cathedral et Bill Steer connaîtra le succès avec Carcass. Cette série de noms n'a peut être pas grand chose à voir avec le death metal, du moins pas directement, mais le death et le black seraient-ils devenus aussi populaires sans ces précurseurs bruitistes ?

SCOTT TOUJOURS...
Jusqu'au maxi Mentally Murdered, Napalm Death sera affilié au grindcore. La reconnaissance d'un plus grand public, Napalm la rencontrera grâce à l'album Harmony Corruption qui déboule dans les bacs en 1990 et baigne "accidentellement" dans le death metal. Le groupe s'est laissé tenter par le très en vogue Morrisound Studio du producteur Scott Burns. Barney revient sur cette décision marquante du groupe : "Nous voulions enregistrer au Morrisound Studio depuis longtemps. Surtout à cause de l'album d'Obituary que nous aimions beaucoup à l'époque. On s'était dit que ce serait une bonne idée d'aller confronter notre son aux techniques d'enregistrement de Scott. L'offre financière était intéressante, alors on a foncé. On aurait eu tort de se priver, non ?"

BAKSHISH GAGNANT !
Harmony Corruption reste dans l'esprit des fans comme le disque charnière du groupe. Il est l'album le plus death metal, même si ND n'a jamais voulu intégrer le mouvement. Le groupe a un regard différent sur cet album. "Avec le recul, ça n'a pas fonctionné comme on le désirait ", se souvient Barney. "On ne peut pas en vouloir à Scott Burns. Il a fait ce qu'on lui a dit de faire. On lui a fait confiance. Sur le coup, nous avions vraiment cru que sa façon de travailler allait convenir à notre musique. Avec le recul, on aurait du intervenir, s'investir un peu plus. Nous étions trop naïfs. Nous n'étions pas ensemble depuis très longtemps et je crois qu'on se cherchait encore, dans le son et la direction où on voulait aller. Je pense tout de même que c'est un bon album et que la production de Scott n'altère en rien nos morceaux."
Effectivement, il n'y a qu'à voir la réaction du public lorsque Barney annonce "Suffer The Children" en concert... Harmony Corruption permettra à Napalm de sortir de l'underground et d'entrer dans la cour des grands de la planète métal. Colin Richardson remettra les choses en place pour les prochains enregistrements qui seront plus représentatifs du Napalm Death live. Aujourd'hui, son grindcore évolue. Concédons-le, il faut vraiment être fan pour s'en rendre compte. Le groupe intègre de nouvelles sonorités comme ce fut le cas sur le dernier album Words From The Exit Wound où on peut entendre Barney chanter. Oui, chanter ! Et de façon mélodique en plus. Incroyable... : "Beaucoup de gens ont fait un foin quant au changement d'orientation de mon chant sur cet album, mais c'est une évolution que j'ai entreprise depuis Inside The Torn Apart. Si je l'ai fait, c'est parce que ça colle bien aux morceaux."

GRAINE DE STAR
Que les puristes se rassurent, Napalm Death devrait rester lui-même pour quelques années encore. Ce brin de vocalise mélodieuse a-t-il eu une influence sur la décision des programmateurs de l'émission anglaise TFI Friday, qui a invité le groupe sur le même plateau que Sheryl Crow et Kula Shaker ? Le groupe y a interprété trois titres en direct et ça a fait drôle pour les téléspectateurs (veuillez écrire dés aujourd'hui à M6 pour que Napalm soit programmé à Music Machine - y a pas de raison qu'on en profite pas nous aussi !). En attendant, on pourra toujours se délecter du EP de reprises qui devrait poindre dans nos petites mains d'ici la fin de l'année. Si la dominante de ce tribute devrait être hardcore, Barney confie son irrésistible envie d'enregistrer un obscur morceau de Death ("Battering the dead" sur une démo datant de 85) : "J'aime le death metal. Les gens peuvent se marrer, je m'en fous ! Mes influences sont toujours les mêmes : Massacre, Repulsion... Lemmy (rires) ! A propos du EP, tout le monde dans le groupe pourra choisir une chanson. Contrairement à ce que tout le monde pense, nous ne reprendrons pas Discharge. On aime le groupe mais il est de bon ton d'en reprendre aujourd'hui, alors on évitera..." Des oreilles doivent siffler du côté de San Francisco...


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