UNIS POUR LE MEILLEUR

Interview de Shane et de Mitch menée par Nicolas Radiguet, parue dans le numéro de Hard Rock Mag de juillet 1997

Malgré quelques remous internes, Napalm Death poursuit, sans coup férir, une mutation opérée depuis "Fear, Emptiness, Despair", laquelle vient de subir une accélération sur Inside The Torn Apart. Et que les fans se rassurent, Barney fait toujours partie de l'aventure.

Quand Napalm Death a terminé la tournée "Diatribes" en France, ceux qui ont eu l'occasion de rencontrer le groupe ont remarqué que les relations entre Barney et le reste du groupe n'étaient pas au beau fixe. Depuis "Fear, Emptiness, Despair", Barney a de plus en plus laissé percevoir son mécontentement quant à la nouvelle direction musicale de Napalm Death. Aussi l'annonce de son éviction, si elle a causé un choc, n'a pas été une surprise. Mais c'est une histoire qui se termine bien puisque Barney a vite réintégré les rangs, après que son éphémère remplaçant (Phil Vane d'Extreme Noise Terror) n'ait pas fait l'affaire. "Inside The Torn Apart" ne porte heureusement pas les stigmates de ces tensions mais affiche la volonté affirmée du groupe d'évoluer. Rencontre avec Shane Embury (basse) et Mitch Harris (guitare) dans les bureaux de Pias.


Alors, que s'est-il passé avec Barney ?
Shane : Ca n'allait pas bien depuis l'album "Diatribes" et les choses ont empiré pendant notre tournée japonaise, au point qu'on ne se parlait plus et que Barney était dans un bus à part. La communication était rompue : il ne savait pas où on voulait aller musicalement, nous nous demandions s'il était toujours motivé parle groupe. On avait l'impression qu'il s'intéressait surtout à son activité de journaliste. On s'est dit qu'il fallait qu'on prenne rapidement une décision rationnelle. Contrairement à ce qu'on pensait, quand on lui a annoncé qu'on se séparait de lui, ça l'a affecté alors qu'on croyait tous que ça ne lui ferait ni chaud ni froid. Phil, d'Extreme Noise Terror, nous a rejoints immédiatement et on a commencé à répéter avec lui, sans que ça n'influe sur notre manière de composer. On s'est rendu compte que Phil ne donnait pas satisfaction et qu'il n'égalait pas Barney.
Mitch : On ne voulait pas qu'il chante comme Barney, ni que ça sonne comme la rencontre entre Napalm Death et Extreme Noise Terror, mais Phil ne faisait pas d'efforts.
Shane : Je me demandais déjà depuis plusieurs semaines si on avait pris la bonne décision. Un soir, alors qu'on avait débuté l'enregistrement, j'ai rencontré Barney dans un pub. Ca s'est super bien passé et on s'est dit : "Arrêtons les conneries et redevenons amis". J'ai passé un coup de fil aux autres et à notre manager pour leur parler de cette rencontre et pour leur dire que Barney avait changé et qu'il était très motivé. Il a été enthousiasmé par les nouveaux titres car il ne s'attendait pas du tout à ça. Je crois que ça s'entend sur l'album. Avant, on devait toujours le pousser pour qu'il essaie des choses un peu différentes. Cette fois, il s'est lancé tout naturellement. Apparemment, il s'est découvert des ressources insoupçonnées. Ca reste du Barney mais il y a quelque chose de plus frais.

Même si on peut ressentir ces efforts au niveau du chant, cela n'empêche pas que le fossé se creuse de plus en plus entre une musique harmonieuse et un chant encore trop linéaire...
Shane : Ca ne me paraît pas flagrant. Sur ce disque, on aurait pu effectivement changer radicalement le chant, mais on a préféré conserve notre marque de fabrique. Il vaut mieux que la progression se fasse en douceur, d'album en album. Et puis je trouve que dans le métal, il y a plein de groupes dont on ne comprend pas ce qu'ils chantent. Prends White Zombie, ça ne les empêche pas de marcher alors que le chant est monocorde et pas spécialement intelligible.
Mitch : Si on avait opté pour un chant plus mélodique, je pense que nos fans auraient été désorientés. On aurait été traités de vendus !

Le retour de Barney a t-il permis de régler une fois pour toutes sa peur viscérale de l'avion qui vous a handicapés dans le passé ?
Shane : Non. Il a toujours aussi peur mais il a pris conscience que ça faisait partie du boulot. On a du mal à imaginer à quel point cette psychose est intense. Un pote lui a donné quelques techniques de relaxation mais c'est toujours étrange de le voir trembler de tout son être dés que l'avion décolle.

Vous avez travaillé une nouvelle fois avec Colin Richardson. Vous pensez que c'est le meilleur producteur pour Napalm Death ?
Mitch : Je trouve qu'au fil des albums, il devient de plus en plus fort, que ce soit avec nos disques ou avec ceux des autres. Il fait presque partie du groupe. On est très proches et on a besoin de son avis pour nous conforter dans notre envie d'exploiter telle ou telle piste. On se sent vraiment à l'aise avec lui et on a juste à se concentrer sur le jeu, sans se préoccuper de savoir si le mec derrière la console assure.

On a l'impression que, depuis quelques albums, Napalm Death a du mal à dépasser un certains cap de notoriété. Croyez-vous que le petit nouveau va vous aider à passer la vitesse supérieure ?
Shane : J'espère mais ce n'est pas notre principal souci. Notre priorité est de conserver le flamme pour sortir des disques. On est déjà très satisfaits d'avoir réussi à se maintenir à notre niveau actuel. Le nouvel album a, en tout cas, le potentiel suffisant pour nous faire franchir une nouvelle étape.
Mitch : Si ça n'arrive pas demain, ce n'est pas la fin du monde. On n'abandonnera pas pour autant.
Shane : Cette tournée avec Machine Head est une bonne opportunité car on joue dans des salles bondées et on touche des gens qui ont dû entendre parler de nous, sans vraiment bien nous connaître.

Quelles sont vos relations avec Earache ? Tous les groupes de métal qui ont signé chez eux sont dégoûtés de leur comportement...
Shane : Je crois qu'on jouit d'une meilleure situation que tous ces autres groupes et qu'on a plus de liberté. Comme tous les autres labels, Earache se comporte de manière étrange et a profité de notre naïveté à nos débuts. A priori c'est notre dernier album pour Earache alors on va peut être prendre notre revanche...

Earache, qui a été à l'avant-garde du métal extrême, s'oriente désormais vers la techno. Est-ce que les vrais valeurs de brutalité et d'extrémisme se dirigent aujourd'hui vers la frange dure de la techno (hardcore, gabba...) ?
Shane : Je ne pense pas. La brutalité peut s'exprimer dans divers espaces sonores. J'aime bien la techno hardcore, par contre je n'arrive pas à me faire à la gabba. Je ne suis pas trop fan des dernières productions d'Earache et je trouve que le label y perd son âme. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas monté un sous-label.

Je suppose donc qu'il ne faut pas s'attendre à des remixes techno ?
Shane : C'est vraiment devenu un moyen de vendre plus de disques en apposant un nom célèbre, sans que le morceau y gagne un quelconque intérêt. Si jamais on devait sortir un tel album, je confierais la tâche à des groupes expérimentaux peu connus. C'est plus intéressant, et en plus, ça renouerait avec la véritable tradition.

Vous avez participé à la B.O.F. de "Mortal Kombat", quelles ont été les répercussions ?
Shane : Ca nous a permis de toucher un public plus jeune qui ne nous connaissait pas. En plus, comme l'album a bien marché, j'ai pu payer mes impôts (rires).


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