TOUTES LES VERITES SONT BONNES A DIRE
PART 1

Interview de Mitch Harris menée par moi-même le 13 décembre 1998 - totalement inédite. L'interview était tellement longue qu'elle a été divisée en plusieurs pages. Vous pouvez afficher la suite en cliquant sur les liens suivants : PAGE 1 PAGE 2 PAGE 3. Je tiens à remercier Mitch qui a vraiment pris le temps de m'expliquer tout un tas de choses sur son passé et sur l'actualité de Napalm.


Tu remplis les fonctions de tour manager sur cette tournée. C'est une expérience chouette ?
Ouais. C'est un peu fatiguant, mais la plupart du temps ça va.

Pas trop d'arnaques ?
On en a eu. De la part de la compagnie de bus.

Est-ce que tu écoutes du Napalm lorsque tu es chez toi ?
Non, uniquement après la sortie des disques pour voir si on a capturé la bonne vibration, et je suis très critique. J'analyse le son et toutes les composantes : les vocaux, la batterie, les guitares... et quand je suis satisfait, j'arrête. Ensuite, lorsqu'on joue des trucs en concert, c'est complètement différent. Il arrive que je ne sois pas satisfait du son de certains disques, comme dans le cas de "Utopia Banished". Si je le mettais sur ma platine aujourd'hui, je l'écouterais avec un regard très critique. Ca ne m'empêche pas d'être content de l'avoir fait.

Est-ce que le son de "Words..." est idéal ?
Je trouve que oui. Si le prochain disque sonne pareil, je serais content (rires). Peut être certaines personnes ne veulent pas que deux disques consécutifs aient le même son. Nous travaillons à bâtir ce son depuis des années. Bien sûr, la musique est différente. Donc tu peux dire que le son est le même, mais de toute façon les chansons sont différentes.

J'ai lu une chronique du disque qui n'était pas terrible. Le mec disait que c'était exactement la même chose qu'avant, avec le même son, comme un "Inside..." bis. Mais si c'est bon, il n'y a pas lieu de changer.
Si c'est nul, ne bloque pas dessus ! (rires). Je pense qu'un autre producteur nous ferait sonner différemment mais nous n'avons peut être pas besoin de ça... Nous avons notre propre son. Peut être que d'autres groupes s'en approchent, parce qu'ils travaillent avec Colin Richardson. Mais envers et contre tous les groupes qu'il produit, nous avons toujours notre son, Napalm sonne comme Napalm et comme personne d'autre. Notre style fait la différence.

Quels groupes peux-tu prendre en exemple ?
Machine Head et Fear Factory. Ils ont passé beaucoup de temps à faire leur disque, quelque chose comme six mois. Nous, nous avons enregistré et bouclé le notre en moins de trois semaines. C'est simple. On fonce. Nous avons mis au point un système, un peu comme une routine : on arrive, on sait quoi faire pour enregistrer. Peut être que certains groupes ne connaissent même pas leur propre son...

Mais vous êtes ensemble depuis longtemps, vous avez vécu de graves problèmes avec Barney entre autres, et vous êtes très proches les uns des autres. Et donc je pense que cela aide la musique à se développer.
Ouais, effectivement, bien que j'ai réalisé qu'il y a eu une grosse progression au niveau du style d'écriture dans le groupe. A côté de ça, lors des deux ou trois dernières années au sein de Napalm, nous avons vraiment poussé pour obtenir quelque chose de constamment différent. Mes nouvelles chansons sont si différentes qu'elles ne conviennent pas à Napalm. Donc j'ai tracé une ligne de démarcation. J'avais toutes ces chansons, j'ai demandé à Barney de les écouter et de me dire ce qu'il en pensait. Puis j'ai fait mon choix entre les chansons de Napalm et le reste. J'avais la vision d'un autre truc qui serait plus expérimental. Si on fait trop d'expérimentation avec Napalm, nous perdrons nos racines.

Quelle a été ton implication sur ce nouvel album ?
J'ai écrit quatre morceaux, soit autant que Shane et Jesse. Donc j'avais quatre chances d'accomplir ce que je voulais. Je voulais qu'une chanson soit complètement différente, ce qui a donné "Next of kin to chaos". C'est peut être toujours du death metal mais nous n'avons pas fait de titre comme celui-ci, tu vois. S'il n'y a aucun plan comme ça sur le disque, j'ai tendance à y voir un manque d'intérêt. Et puis je voulais une chanson dans le même genre mais un peu plus heavy, ça a donné "Affixed by disconcern" qui était un peu plus agressive et qui avait un peu ce vieux feeling, mais d'un autre côté certaines parties sonnaient vraiment nouvelles pour Napalm (il chante le riff entre le premier et le deuxième couplet). Donc ici, il y a une certaine forme de progression. Puis il y a "Thrown down a rope" qui ressemble plus à du old school. Je pense qu'il m'a fallut dix minutes pour écrire ce morceau, pas plus. Je jouais des trucs lors d'une répétition de Napalm et ça n'emballait pas trop Barney. Or je n'aime pas les mauvaises vibrations et je préfère que tout le monde soit content alors j'ai mis ce plan au placard. Lorsque je suis revenu chez moi, j'étais sacrément en colère car je trouvais que cette chanson était bonne. J'ai pris ma guitare acoustique douze cordes et j'étais là : "Vous voulez du bourrin ? Je vais vous en donner, putain !". J'ai joué le truc en deux temps trois mouvements. Quelques jours après, j'ai ajouté des plans avec ma boîte à rythmes et je leur ai fait écouter lors de la répète suivante. Shane la trouvait typique, un peu générique. Et finalement, la chanson l'a fait craquer, il n'arrivait pas à croire que je l'avais écrite en aussi peu de temps. Danny aimait la programmation de batterie. Jesse appréciait moyennement le riff du début mais nous n'avions jamais utilisé ce type d'accords avec des tempos à la Discharge et je ne savais pas quoi utiliser d'autre. Cependant, ce titre ne représente pas ma priorité. Et finalement il y a "Incendiary Incoming" qui est une chanson importante à mes yeux car je suis content de ce que j'ai fait avec ma boîte à rythme et je l'ai jouée avec Joe Caper, l'ancien chanteur de Righteous Pigs. Il a écrit une partie des paroles. En fait, je ne pensais pas l'utiliser dans Napalm mais Barney et tous les autres aimaient cette chanson. Je n'étais pas sûr qu'elle convienne à Napalm ; même quand les vocaux ont été rajoutés, je trouvais qu'il manquait quelque chose. On a ajouté les bruits stridents de la rythmique et je déteste ça. En plus, ce plan était dur à faire en répète car je suis un guitariste merdique (rires) et quand je me plantais, Shane et Jesse me reprochaient toujours de ruiner la chanson. Donc pour moi ça s'apparente à des ondes négatives, mais en même temps ce morceau plaît à d'autres membres du groupe. A la fin, Shane m'a suggéré de le garder pour Meathook mais c'était trop tard. J'aime ce titre mais je déteste qu'on se prenne la tête dans le groupe. Tu sais qu'il existe d'autres musiciens avec lesquels tu pourrais t'éclater à jouer ce genre de trucs. Dans Napalm, nous devons tous croire en ce que nous faisons sinon ça ne peut pas marcher. Nous sommes honnêtes et nous ne pouvons pas soutenir quelque chose à 100 % et essayer de convaincre les gens que c'est ce en quoi nous croyons si ce n'est pas le cas. En tant que groupe, "Words..." est notre disque préféré. L'an prochain, on passera à quelque chose de différent (rires).

Tu penses que vous allez pouvoir enregistrer un disque l'an prochain ?
J'aimerai que nous sortions un disque pour l'an 2000. Mais pour cela, il faudrait que nous soyons en studio en septembre prochain et je ne crois pas que nous serons prêts. Nous avons pas mal de tournées à faire.

Comment composez-vous la liste des chansons en concert ? Avez vous déjà joué des chansons live telles que "Food chains" ou celles du 45 tours bonus de "Utopia Banished" ?
Non, nous n'avons jamais joué ces chansons sur scène. Nous essayons de bâtir notre performance avec des hauts et des bas. Tu dispose d'une heure pour rendre le tout intéressant et d'après nous, mieux vaut utiliser les chansons principales des albums. Le reste n'est pas une priorité. Nous déterminons quelles chansons passent le mieux en concert afin que le public réagisse et soit satisfait d'entendre du nouveau matériel, ce que nous faisons rarement (rires). Donc c'est un peu dur.

Vous ne jouez pas "The Kill" sur cette tournée...
Peut être qu'on la fera ce soir. Pour revenir à ta question, si tu as le choix entre jouer un classique de "Scum" plutôt qu'une face B que personne n'a jamais entendu, mieux vaut jouer la chanson la plus connue. Tous nos titres sont importants. Si nous ne les aimions pas, nous ne les aurions pas enregistrés... mais de là à les jouer en concert. De toute façon, tout le monde connaît ces morceaux, comme "Pride Assasin" par exemple, qui était la face B de "Mass Appeal Madness".

Vos concerts durent habituellement une heure lorsque vous jouez en tête d'affiche.
Peut être une heure et quart, une heure vingt grand maximum mais c'est déjà trop long. Même écouter un disque aussi longtemps, c'est trop. Quand t'es debout, que tu regarde le groupe et que tu te dis "Whouah, putain que c'est long...". J'aime jouer 45 minutes. C'est vraiment rapide. Comme ça, tu peux revenir la fois d'après ! (rires).

J'espère que vous reviendrez l'an prochain.
Ouais, moi aussi. On aurait du revenir vers avril mais on doit faire des trucs en Amérique, peut être en tant que participant du 'Warped tour'. Nous attendons la confirmation. Peut être que nous partirons en tournée avec Neurosis, Vision of Disorder et Amorphis. Quatre groupes au total.

Ce package est complètement différent de la "campagne pour la destruction musicale" en 1992 où l'affiche était très death metal : Carcass, Brutal Truth...
Mais c'était nouveau à cette époque. C'est toujours nouveau musicalement (rires).

Quelle est ton opinion sur Brutal Truth, un groupe issu de la même veine que vous ?
Ce sont de bons potes à nous, en fait. Je veux dire qu'ils ont toujours été extrêmes et contents de jouer cette musique.

Je les ai vus récemment en concert. Les musiciens sont très cools, particulièrement Dan Lilker !
Oh ouais ! Quand il était dans S.O.D., je lui avais écrit une lettre. J'étais dans Righteous Pigs et c'est peut être bien la première personne que j'ai contactée. Je lui ai envoyé notre démo et il m'avait répondu en me disant que "I hope you die in a hotel fire" était un morceau génial. C'est vraiment quelqu'un d'amical et qui ne se prend pas la tête. Pas de conneries de rock stars et toute cette merde. En plus, il vit à New York, à côté du quartier de mon enfance. Donc quand je rends visite à ma famille, il passe souvent me voir. Il en fait un peu partie maintenant.

Comment trouves-tu le son de "Harmony Corruption" ?
Il n'a pas le son typique de Napalm. En tant que fans du groupe, il était important pour nous de le rejoindre pour faire un bon disque. Et donc le faire sonner, d'après nous, comme Napalm était supposé sonner. Mais nous étions touts nouveaux dans le groupe et nous étions un peu apeurés. Certaines personnes l'ont vraiment vraiment aimé, certains personnes non. Mais la production est vraiment trop clinique... Ensuite nous avons fait Mass appeal madness, qui était plus brut. Et puis Utopia dont le son était moyen, même chose pour Fear, Emptiness, et enfin celui de Diatribes parvenait quelque part. Mais Inside the torn apart était plus dans la veine de Diatribes, encore plus profond, plus conceptuel peut être, et ce disque est un peu comme tout ce qu'on a fait avant. Donc la prochaine fois, il va falloir qu'on fasse quelque chose de vraiment... nouveau, mais en même temps, toujours du Napalm. Il nous reste encore des choses à faire et que je sais que nous les ferons ; parce que tu peux mettre tellement de choses sur un seul disque. Si ce n'est pas cette fois-ci, ce sera la prochaine fois. On a des surprises en réserve (rires).

Depuis l'an dernier, il y a eu "Inside The Torn Apart", "Breed To Breathe", "Bootlegged In Japan" et ce nouveau disque. On a beaucoup entendu parler de vous !
Oui, nous avons été très occupés. Avec un peu d'espoir, les gens se souviendront de ce que Napalm Death a fait dans cinq ou six ans. Qui sait ? Franchement, combien de temps peux-tu croire en quelque chose ? J'ai toujours la foi, tu vois, mais dans un ou deux ans, qu'en sera t-il ? Vraiment, ce sont des pensées effrayantes, la vie est pleine de sales surprises. Combien de plus pouvons-nous encaisser - paroles tirées de Greed Killing - (rires sarcastiques)... En ce moment, tout va bien et, comme je te le disais, tant que tout le monde est content, ça marche. C'est aussi pour ça que j'ai fait Meathook Seed et que Shane et Jesse ont fait Lock Up avec Nick qui est un projet très extrême, dans la veine des premiers Napalm et de Terrorizer. Ca montre la variété de nos influences.

Et qu'en est-il de Nothing With Contempt ?
Barney avait monté ça et Danny en faisait partie mais ça n'a jamais décollé. Il avait commencé à jouer de la batterie mais il a trouvé que c'était trop de boulot de former son propre groupe. Bien sûr que ça l'est. En revenant dans Napalm, il a remarqué tous les détails dont il n'avait pas à se soucier avant. Dans NBC, il essayait de motiver les autres pour que les chansons se montent. Dans Napalm, nous travaillons d'une autre manière. Chacun fait son truc dans son coin, on se rassemble et ça marche. Donc il a finalement jeté l'éponge. "Trop de boulot !".

Comment analyses-tu la situation dans le groupe, deux ans après le split avec Barney qui a été votre plus gros coup dur ?
En fait, nous y avons survécu. Mais la période la plus dure que nous avons du affronter, c'était juste avant cette tournée. Le groupe aurait plus splitter à n'importe quel moment. On avait des problèmes en pagaille. Mais avec notre nouveau manager, nous nous situons au-dessus du lot. Il partage notre vision, ce qui n'était pas le cas du type précédent.

Mark Walmesley n'était pas sur la même longueur d'onde que vous ?
Il ne connaissait rien à rien. Et à cause de toutes ces événements, on a beaucoup travaillé en studio. Je voulais prendre une année de repos, enregistrer le nouveau Napalm et le disque de Meathook, Little Giant Drug, Shane a fait Lock Up et si je ne l'avais pas fait à ce moment-là, j'aurais été très frustré. Il aurait fallu que je me rappelle de tous les plans. Maintenant, c'est fait, je peux me relaxer. Je sais que les choses progressent, nous avons une nouvelle personne chargée de nous aider et nous avons beaucoup de projets à venir. L'an 2000 arrive...

L'an 2000 pourrait être l'année de Napalm Death !
J'espère ! Il faut qu'on sorte un nouveau disque et qu'on trouve un nouveau label... ce qui est presque fait.

Tu penses que vous ne re-signerez pas avec Earache à la fin de votre contrat en cours ?
Je pense que si on reste chez Earache, alors le groupe est mort.

Mais pourquoi avez-vous prolongé votre contrat antérieur ?
On y a été forcés car vu comme notre manager a foutu le camp, ça a foutu une merde pas possible du côté business et nous n'avions aucune autre option. Aucun label n'était prêt à s'investir, Earache étaient les plus intéressés et nous n'avons pas pu faire autrement. Je ne sais pas ce qu'a magouillé ce fils de pute mais nous étions bloqués par le contrat et il a disparu du jour au lendemain et il nous reste un disque supplémentaire sur Earache.

Il a disparu... ? ! ?
Oh ouais, complètement. Je ne lui ai même pas parlé avant ça et les autres non plus.

C'est une histoire de fou...
Je le revois en train de sautiller sur sa dernière jambe (web : apparemment, il est unijambiste). Je ne voulais pas repartir en tournée en tête d'affiche et faire les mêmes trucs encore et encore et encore ; mais il n'avait aucun projet sur la sortie du disque et sur ce qu'il fallait faire à côté. Le disque sort fin octobre, nous ne faisons rien ni en novembre ni en décembre et même si le disque n'est vieux que de deux mois, il date déjà de l'année précédente et nous n'avons rien fait pour le soutenir. Alors on attend jusqu'en janvier, février et l'album date de presque un an en ce qui nous concerne. Tu vois, nous n'avions rien prévu. Heureusement, nous avons pu rejoindre cette tournée avec Cradle Of Filth, ce sont des potes à nous et on s'entend bien. On a quand même réussi à décrocher une tournée mais c'est parfois chiant de jouer devant des mecs médusés.

Peut être que ça ira mieux pour le groupe l'an prochain. Je voudrais créer un fanzine ou un truc dans ce genre, quelque chose qui ne traite que de Napalm Death...
Quand notre site web américain fonctionnera, tu pourras échanger des infos avec le mec qui s'en occupe.

En fait, je n'ai pas d'adresse e-mail ni d'ordinateur, je dois aller au cyber café pour avoir accès au Net.
Tu n'as pas besoin de ce genre de trucs. Pour moi, Internet, c'est Satan. L'Anti Christ.

Pourquoi penses-tu ça ?
Regarde, avec Internet bientôt nous n'aurons plus besoin de livres. On stocke tout un tas d'informations quelque part mais qu'arrivera t-il s'ils décident de couper le courant ? Tu ne pourras plus te servir de ces putains d'ordinateurs. Nous nous reposons sur ce pouvoir électrique, rien n'échappe à l'invasion des ordinateurs dans notre vie courante. Et plus on ira vers le futur, plus ils prendront de l'importance. Dans le temps, on pouvait s'asseoir avec un putain de cierge pour lire un bouquin...

Effectivement, tu as raison. Ayant 25 ans, j'ai connu l'époque où les ordinateurs n'envahissaient pas notre quotidien mais la situation est très différente pour les enfants de maintenant.
Définitivement. Bien sûr qu'on aime ça, c'est très facile à utiliser. Beaucoup de gens sont fainéants, ils veulent tout avoir le plus facilement possible.

Nous avons ensuite clôt cette interview pour que Mitch aille faire le soundcheck. Comme vous pouvez le constater, c'est un gars honnête qui n'hésite pas à parler franchement. Je comprends ses craintes à propos d'Internet : il y a de réels dangers par rapport au contrôle de l'information, à la désinformation ou, pire, à la dépendance aux machines. A chacun de ne pas se laisser bouffer par ce genre de trucs. Personnellement, j'utilise ça comme un moyen de promotion efficace et rentable mais je suis loin de passer 24 heures sur 24 devant ma putain de machine...


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