INTERVIEW VERITE...

Interview de Shane et Barney menée par Mitch Carpenter (du fanzine New Breed Zine) le 18 août 1997

Je tiens particulièrement à remercier MITCH pour m'avoir envoyé cette interview géniale (et énoooorme !).
Hey, Mitch, you rule Brother ! Keep grinding mate !


Quelle a été la réponse à "Inside The Torn Apart", d'abord avec la tournée en première partie de Machine Head, et ensuite avec votre tournée ici aux USA ?
Shane : La tournée avec Machine Head était une introduction en quelque sorte, un truc promotionnel. Les gens n'avaient même pas entendu le nouvel album à cette date, mais les chansons ont reçu un bon accueil. Je dirais même qu'à certains endroits, notamment en Allemagne, nous avons reçu un accueil aussi bon que Machine Head, sachant que leurs fans sont très jeunes. Je crois que c'est cool de faire ainsi car nous avions de bonnes critiques en Angleterre et en Europe, et puis bien sûr le disque est sorti. Donc ça a été bien géré. Ici, les gens semblent l'aimer mais en même temps, dans certaines zones, je ne pense pas qu'ils connaissent bien l'album pour l'instant. Il nous faudra peut être un an avant que nous revenions ici et que les gens réalisent la valeur de l'album, ce qui a toujours été le cas, tu sais.


Y a t-il un concept ou un sens derrière le titre ?
Shane : Seulement que le titre était écrit avant même que le split avec Barney n'arrive. Le tout n'est pas un concept, mais beaucoup de paroles et le titre lui-même sont en rapport avec le split entre Barney et le groupe ainsi que tous les problèmes que nous avions avec le label qui recommençait à nous faire chier, Mitch Harris qui était à l'hôpital... Beaucoup de problèmes sont arrivés, et il y a effectivement un rapport avec le fait que nous ayons vécu des moments éprouvants et que nous continuons toujours à nous battre après toutes ces années.

L'album a t-il été précipité ? Je veux dire que vous étiez ici l'année dernière à la même époque.
Shane : Non, pas vraiment. Nous travaillons très dur, tu sais. Une partie de la musique, particulièrement des titres tels que "If Symptoms Persist", "Birth In Regress" et le morceau portant le titre de l'album, étaient déjà là, presque écrits. Nous n'écrivons pas de chansons en répétant ensemble. Moi, Mitch et Jesse écrivons nous-mêmes les chansons, et nous les présentons à Danny. Nous lui suggérons ce que nous attendons de lui, et si cela ne marche pas, on change. Donc ça n'a pas vraiment été fait précipitamment. Le truc le plus étrange, c'est que nous nous étions séparés de Barney. On avait Phil, mais l'enregistrement et les répétitions se passaient de la même façon. J'ai déjà trois chansons prêtes pour le prochain.

Votre contrat avec Earache touche à sa fin, c'est votre dernier album pour le label. Où irez-vous ensuite ?
Shane : Nous allons nous poser et essayer de décider si nous voulons ou non continuer avec Earache. J'ai mon idée sur ce qui devrait se passer. Le tout est de pouvoir continuer à vivre de notre musique, pour que nous puissions exister. Tant que nous n'avons pas à nous soucier des pressions liées à un boulot routinier pour exister en tant que groupe. Je ne nous vois pas trop continuer sur Earache. Je ne me suis pas encore fait d'opinion. Nous sommes en pourparler avec Earache et une paire d'autres labels. Tout dépend de ce qui arrive. C'est dur à dire.

Pensez-vous convenir à la nouvelle direction musicale d'Earache ?
Shane : Non, je ne pense pas du tout et je ne sais même pas pourquoi ils sortent tous ces disques. Personnellement, je n'ai rien du tout contre la techno hardcore. J'aime beaucoup de trucs de ce genre. Mais je ne vois pas leur place chez Earache. Je veux dire que peut être que le mouvement dance est énorme ici aux USA, mais que je vois peu de gens acheter des disques de dance. Ils seraient susceptibles d'acheter l'album de Prodigy mais la majorité des gens n'achète pas d'album de techno. Ils vont juste dans les clubs et dansent dessus, et donc je ne vois pas pourquoi c'est rentable à ce point de signer ce genre de groupes. Je ne nous vois pas assimilés à ce truc.
Barney : Voilà comment je vois la chose : Napalm était un des touts premiers groupes du label, et c'est vraiment celui qui a ramené tous les fonds pour signer tous ces nouveaux groupes. Cela ne me dérange pas, mais je trouve que beaucoup de trucs sont assez contestables et ne devraient pas être placés au milieu. Moi, je n'aime pas du tout la techno, ça c'est sûr ! (rires)

Quelles étaient les raisons qui ont fait que le groupe s'est séparé de Barney et qu'est ce qu'il l'a poussé à revenir ?
Shane : Je pense que ces dernières années, on a peut être grandi chacun de notre côté. Je pense que nous avons tous mûri individuellement en tant que personnes au cours des deux ou trois dernières années, tu vois ? Il y a des années, à l'époque de Utopia Banished, beaucoup de gens pensaient qu'on croyait exactement tout ce que disait Barney dans les interviews ; et à certains égards, c'était vrai, mais pas totalement, tu sais. Juste des opinions politiques ou musicales... Ce n'est qu'après Utopia que certains d'entre nous ont décidé d'expérimenter musicalement. Barney allait dire aux fans que le prochain allait être comme ci ou comme ça et notre réaction était de lui dire : "Tu ne peux pas dire ça. Tu ne peux pas parler pour nous tous". Cela n'était pas très grave, mais c'était la période où nous avons tous décidé de penser par nous-mêmes. Je veux dire qu'en tant que groupe, on croit toujours à la valeur de notre message, mais quiconque est proche du groupe sait que Danny est le membre du groupe le plus calme ; Barney est la personne la plus avertie politiquement parlant ; Mitch est le fumeur de joints du groupe ; Jesse est le buveur de bières ; et je suis le fan de porno. C'est être honnête, tu vois ? On fait tous attention à la musique et à ce qui se passe dans le monde, mais on n'est pas tous d'incurables végétariens. Nous sommes des personnes totalement conscientes. Des individus. Au cours des deux dernières années, nous ne nous entendions pas très bien. Il n'y avait plus de communication. Barney et nous ressentions la musique d'une façon différente. Il a eu quelques problèmes personnels. Beaucoup de sales trucs lui sont arrivés qui l'ont un peu fait flipper, et il avait du mal à être à s'entendre avec le groupe. En plus, nous changions musicalement. Il pensait que c'était trop radical et ce n'est que maintenant qu'il s'aperçoit que ça n'était pas si radical que ça finalement. C'est pas comme si on essayait de devenir ces putains de Rush ou Yes ou un truc dans le genre. Et donc il réalise maintenant que tout s'est fait à un bon rythme. Vers la fin de la tournée au Japon l'an dernier, c'était vraiment devenu absurde. On ne se parlait plus. L'atmosphère était devenue nulle à chier. C'était vraiment mauvais et, en rentrant de cette tournée, nous lui avons dit : "hé, tu ne peux pas continuer comme ça". Il ne semblait plus être fan de musique. Et s'il l'était encore, il ne te l'aurait pas dit. Voilà jusqu'où ça allait. On a mis le mec dehors et on a pris notre bon pote d'Extreme Noise Terror qui était totalement accro de ce que nous faisions, mais en même temps, il ne réalisait pas ce qu'impliquait le fait d'être le frontman de Napalm Death, et c'est à partir de ce moment que nous avons pris conscience de l'importance de Barney au sein du groupe. Je pense que pendant les quelques mois qu'il a raté, il a pris conscience de tout ce qui s'était passé avec nous et c'est à ce moment-là que les choses ne fonctionnaient pas avec Phil. On a reparlé ensemble, et on est sorti dans quelques clubs. On évoquait le bon vieux temps et tous ces trucs, et quand cela a foiré avec Phil, j'ai appelé Barney et je lui ai dit : "regarde, descends chez moi et viens écouter ce que ça donne". Barney est une personne plutôt bornée, il aurait pu tourner les talons et me dire "vas te faire foutre, je ne reviendrai pas". Mais il aima ce qu'il entendit et je pense que c'est à partir de ce moment que nous avons redémarré ensemble. Il était vraiment accro du disque, ce qui était un bon signe pour nous car nous l'avions fait complètement sans lui. Il n'a eu aucune influence sur cet album si ce n'est son style vocal et je considère que c'est une bonne chose car c'est un disque heavy et extrême. Ce n'est en aucune sorte un disque de vendus, alors qu'il pensait parfois que nous nous éloignions trop de ce qu'était Napalm Death. J'ai toujours considéré que Napalm Death faisait de l'expérimentation. Il y a des années, avant que je ne rejoigne le groupe, quand je n'étais qu'un fan, ils essayaient constamment de faire quelque chose d'encore plus étrange. Au bout du compte, il est revenu, ce qui est bien à mon avis. Il peut proposer ses idées pour le prochain disque et nous en tiendrons compte ; nous avons toujours fait ça dans le passé, amis je pense que cette fois-ci, ce sera meilleur car nous savons où nous allons.
Barney : Cette séparation avait des raisons variées. Des sortes de différences personnelles qui provenaient de différences musicales essentiellement. C'est parti de là et ça a fait boule de neige. Je sentais que le groupe n'était plus démocratique ou l'était moins qu'avant, ce qui me faisait chier et m'a incité à prendre du recul et à m'investir dans d'autres choses que je faisais déjà de toute façon. Je pensais que je pourrai me concentrer là où on avait le plus besoin de mes aspirations créatives. C'est un peu venu de là, et à la fin tout s'est cassé la gueule et j'ai senti que j'avais été mis dehors. Evidemment, cela me faisait chier, et donc j'ai trouvé un autre groupe, j'ai fait d'autres chose ; puis cinq mois après, alors que je m'étais habitué à cette nouvelle situation, ma vie a pris un virage à 360 degré et on m'a demandé de rejoindre le groupe.

Sentez-vous qu'il manque quelque chose à ce disque à cause de l'absence de Barney ?
Shane : Non, pas vraiment. Je ne dis pas que cela doit se passer comme ça, mais il est revenu alors que nous avions déjà fait tous les vocaux. Les rythmes étaient déjà écrits et les schémas étaient déjà placés. A certains égards, ça lui a enlevé un peu de pression. Il aurait pu tourner en rond et vouloir réécrire toutes les paroles, mais cela n'aurait pas eu beaucoup de sens de faire ça à mon avis.
Barney : C'était étrange, ça c'est sûr, rentrer directement en studio. Mais j'étais assez content de ce qui se passait et je ne trouvais rien à redire. Donc j'ai dit OK.

Sur le nouvel album, j'entends des styles vocaux plus variés, et toi et Mitch faites plus de vocaux. Est-ce que c'est la nouvelle direction que va emprunter le groupe ou est-ce l'expérimentation que tu mentionnais ?
Shane : Ca dépend. Nous verrons ce qui se passe. Puisque je chante le titre de l'album en concert, je m'habitue à ce genre de trucs. Barney est d'accord pour expérimenter mais il pense aussi qu'il y a une limite. Si cela implique de faire des choses avec moi ou Mitch derrière lui ou indépendamment de lui, si cela ajoute une petite variation et que cela sonne bien, il n'y a pas de raison pour que nous ne le fassions pas. Je pense que c'est plutôt cool de regarder autre chose que le front man tout le temps. Cette fois-ci, pour le titre de l'album, ce n'était pas du tout mon idée. C'était avant que Barney ne revienne dans le groupe. Un soir, j'étais bourré et j'ai posé des vocaux que Colin Richardson a bien aimé et il m'a dit "regarde, pourquoi tu ne chanterais pas les couplets et Barney interviendrait pour le refrain ?". Barney aimait l'idée. Je pense que si nous faisons de petits trucs comme ça ici et là, c'est bien.

Avec toutes les chansons que vous avez écrites, comment arrivez-vous à établir une set-list qui plaisent aux fans ainsi qu'à vous-mêmes ?
Shane : C'est dur. On essaye de choisir une liste que nous aimons, mais il y en a toujours qui ne seront pas satisfaits. Les gens veulent toujours entendre "From Enslavement To Obliteration", "Mentally Murdered" ou tous ces putains de trucs, il y a tellement de chansons tu sais...

Est-il possible de savoir jouer toutes les chansons ?
Shane : Non, pas vraiment. Je ne me souviens d'aucune vieilles chansons, sauf celles que nous jouons live, peut être des petits bouts par ci par là mais c'est tout. Quand le reste des membres est rentré dans le groupe, nous ne faisions que certaines chansons. Nous avons écarté beaucoup de trucs du vieux matériel. C'est quelque chose auquel nous pourrions penser dans le futur. Peut être sur la prochaine tournée... En être arrivé où nous sommes, avec autant de disques, ce serait bien de faire quelque chose d'assez similaire à ce que nous faisons actuellement sauf pour le rappel où nous pourrions jouer les bonnes vieilles rafales du passé. Beaucoup de chansons sont si courtes - de 40 secondes à une minutes - que nous pourrions en éliminer pas mal en 15 minutes, tu vois ce que je veux dire ? Il y a quelques nuits, nous sommes remontés sur scène et nous avons joué "Deceiver", "Life ?" et "The Kill" ; le public ne demande jamais ce genre de chansons car il pense qu'on ne va jamais les jouer. Donc on pourrait faire une bonne session qui balaye toutes les périodes.

Pourquoi les paroles ont-elles glissé vers des sujets plus personnels alors que l'ancien matériel était plus politique ?
Shane : Je pense que Barney, sur les derniers albums, avait toujours tendance à faire de cette manière. Personnellement, je ne m'investis pas là-dedans. Au cours des dernières années, Barney et moi nous sommes toujours partagé les paroles équitablement, et il traite tout ce qui lui est personnel. Je ne veux pas porter le poids du monde sur mes épaules. Je n'y ai aucun intérêt. Je veux dire que les choses sont mal barrées, et je me sens vraiment mal quand je pense aux pays et aux gens qui doivent faire face à ce genre de merde. Je ne tourne pas le dos à cela, mais d'un autre côté, je ne peux que m'occuper de moi et de mon entourage. Il y a suffisamment de choses qui me font chier dans le monde, et mes potes, c'est tout ce dont je peux m'occuper, tu vois ? Lorsque je dois écrire des paroles, et je contribue pas mal à celles de Napalm Death, habituellement elles sont en relation avec ce dans quoi je suis impliqué. Mais une fois encore, cela peut être politique, car ça traite de toutes les merdes que les gens rencontrent dans leurs tafs routiniers. Les gens sont déprimés pour une bonne raison, pas parce qu'ils veulent être déprimés. Ils en ont marre parce que leur boulot les fait chier, parce que leur femme les emmerde ou leurs gamins font n'importe quoi. S'ils vivent dans un sale environnement, et que la société les baise à longueur de journée, qu'ils sont obligés de travailler tous les jours de leur vie, un truc routinier qui s'apparente à une course au bifteck (et c'est pour tout le monde pareil). C'est assez politique en soi. Ce n'est pas comme d'être un groupe politique, de véhiculer des messages politiques, de dire ne mangez pas de viande, ne soyez pas raciste, aidez les pauvres gens du tiers-monde. C'est à propos d'une personne typique qui essaye de gagner sa vie elle-même et qui est déprimée parce qu'elle se fait systématiquement baiser. C'est là où mes paroles semblent plus personnelles, mais en même temps elles sont politiques parce que quelque chose les cause. Je ne les ai pas causées tout seul.

Penses-tu qu'il y a certaines choses qui ont gardé ce groupe uni au travers des barricades constantes, telles que les changements de personnel, l'accès commercial ou les tournées incessantes ?
Barney : Nous essayons juste d'être nous-mêmes, et de vivre une vie aussi normale que possible. Ce qui fonctionne fonctionne. Le destin, je suppose.
Shane : Je pense qu'individuellement, nous voulions tous ça lorsque nous étions plus jeunes. Nous remplissons cela. Une chose très intéressante qu'a dite le chanteur de Smashing Pumkins : "Nous essayons tous d'enlever un peu de mortalité", et je suis assez d'accord avec cela. Je veux dire que nous jouons la musique que nous adorons, et que nous nous demmerdons pour en vivre. Je sais que des gens aiment ce que nous faisons et apprécient notre manière d'écrire, et cela m'aide à continuer.

Pour quelles raisons penses-tu que Napalm Death a pu rentrer en connexion avec autant de régions ?
Barney : Et bien, nous n'avons jamais eu un succès phénoménal nulle part, mais peut-on vraiment juger là-dessus ? Je pense que nous devons nous considérer chanceux de pouvoir toujours vendre des disques et d'attirer des gens aux concerts. Je pense que c'est parce que nous avons toujours essayé de rester vrais. Nous avons de la considérations pour toutes les personnes qui nous soutiennent depuis longtemps. Je sais qu'avant tout, tu dois te faire plaisir, mais tu dois aussi tracer une ligne et essayer de changer sans aller trop loin. Le compromis, je suppose.

Y a t-il encore des projets parallèles en activité dans le groupe ?
Barney : J'ai Nothing With Contempt avec Danny, notre batteur, et quelques autres mecs. Nous n'avons pas eu trop le temps de faire quoi que ce soit, mais on s'y mettra. On se réunira et avec un peu d'espoir, on sortira un album prochainement. C'est vraiment un truc super rapide, du bon grindcore.
Shane : Il y a des projets pour un deuxième album de Meathook Seed. Je veux faire un autre album de Malformed Earthborn avec Danny Lilker. Quand je l'ai vu il y a semaines à New York, il en parlait avec excitation. Je veux faire un autre album de Blood From The Soul, j'aimais le nom de ce groupe et le concept était bon. Il ne sonnerait probablement pas comme le premier. Ca pourrait ressembler à une bande son de film d'horreur assez sombre, parce que c'est ce que j'aime vraiment à côté du grindcore. Je pense que Jesse veut toujours faire un autre album de Terrorizer. Il y a un paquet hallucinant de trucs qu'on voudrait faire. L'autre jour, ,je parlais de faire un projet avec le guitariste de Crowbar, et il y a aussi Lee Dorrian de Cathedral qui voudrait que nous fassions quelque chose ensemble. Moi et Mitch avons notre projet Little Giant Drug. On s'y implique quand on a le temps. Peut être qu'aucun d'entre eux ne verra le jour.

Je voudrais faire un projet grind avec toi, Shane
Shane : Pas de problème mon pote. On y va.

En parlant de projets, le groupe sortira t-il un CD live un jour ?
Shane : Nous avons cet enregistrement d'un concert au Japon sur cassette DAT, il fait environ 85 minutes et il sonne bien, et donc nous pensions faire un disque pirate officiel avec toutes les écritures et le packaging japonais. On a aussi une vidéo du Whiskey (A Gogo, un club de Los Angeles) qui sonne assez bien et qui a de bons angles de vue, et on pensait même sortir cela sur notre propre label ou un truc dans ce genre.

Harmony Corruption étant votre meilleure vente de disques, pourquoi ai-je entendu que vous n'étiez pas satisfaits du son ?
Shane : Nous n'étions pas vraiment satisfaits du son, mais en même temps, à cause des nouveaux membres du groupe, nous n'étions pas sûrs de la direction que nous voulions emprunter. A la base, Mick Harris et moi avions écrit la musique pour cet album, puis Barney est rentré dans le groupe. Jesse et Mitch avaient une chanson chacun, mais nous n'étaient pas encore totalement à l'aise avec ces compos, et subitement, nous avons décidé de passer au Morrissound. Je pense que c'est ce que Mickey et moi voulions faire, et peut être Barney, mais je ne pense pas que c'était ce que voulaient Mitch et Jesse à cette époque. Ils le voulaient un peu, mais tu obtiens un album avec des réactions mixées. Ici en Amérique, je pense que Harmony Corruption est un peu comme Scum pour les fans européens. Il a tendance à rester dans l'esprit des gens. C'est un des premiers albums qu'ils aient entendu, et il n'y a rien de mal à ça.
Barney : Le seul truc qui me dérange sur cet album, c'est que la production était trop épaisse, trop compressée. Nous pensions tous que le mix général était trop épais. Je ne veux pas rejeter le blâme sur Scott Burns, parce qu'il n'a fait que ce qu'il sentait juste. Nous n'avons pas vraiment injecté d'opinions lors du mixage, nous lui avons laissé le faire, et c'est pourquoi il sonne de cette façon. Pour ce qui est de travailler avec Scott, c'était génial et c'est un mec super. Tant qu'on est sur ce sujet, je ne pense pas qu'il soit encore dans la musique. Il est ingénieur informatique ou un truc dans le genre. J'ai vraiment adoré travailler avec lui et je lui souhaite la meilleure chance possible.

Pensez-vous que le groupe a beaucoup changé au cours des années ? J'ai entendu dore que le public punk vous traitait de vendus...
Shane : Le public punk nous a toujours traité de vendus, même à l'époque où l'on jouait pour rien du tout. Ils disent que si tu sors un CD, tu es un vendu, ce qui est une attitude de merde. C'est pathétique. 99 % des groupes punks qui étaient là à l'origine sont maintenant sur CD. C'est seulement que certaines personnes ne sont contentes que si tu joues dans des trous à rats et si tu voyage à l'arrière d'un bus à prêter ton matos à dix groupes. Si tu ne fais pas tout ça, alors tu es un vendu et c'est cool et tout ça. Mais moi personnellement, et certains de mes amis, avons fait des tournées à l'arrière de vans et on a travaillé dur et on a connu des merdes. C'est bien si tu choisis de vivre ce style de vie, mais pour moi ce n'est pas réel parce que les gens qui prétendent être vraiment hardcore et issus de la rue viennent habituellement de milieux sociaux favorisés. Je viens d'un milieu pauvre. Ma famille était vraiment pauvre, alors pourquoi voudrais-je rester à ce niveau ?

As-tu des contacts avec les anciens membres ?
Shane : Ouais, je vois beaucoup Lee Dorrian. Je vois Justin occasionnellement et j'iras visiter son studio lorsque nous rentrerons. On va se mettre minables pour le week-end et faire un max de bruit. Cela fait deux ans que je n'ai pas vu Bill Steer. Je vois Mickey Harris en ville de temps à autre, mais il est assez étrange ; il ne parle pas beaucoup.

A qui revient l'idée de lancer le concours underground pour le prochain EP ?
Shane : A Earache. Ce serait bien que des groupes fassent des versions qui soient vraiment bizarres, qui ne soient pas tout à fait pareilles. C'est vraiment facile de copier une chanson du début à la fin.

Shane, pourrais-tu nous raconter quelques événements qui sont intervenus lors de l'enregistrement avec Vane ?
Shane : Il y avait une fête de Noël complètement dingue qui avait été organisée par Earache, et je pense que la voix de Phil était un peu affectée et pas aussi forte que d'habitude. Il faisait le truc et ça ne sortait pas bien, tu vois ? C'était comme si sa voix avait perdu un peu de puissance. Ce n'était pas sa faute. Je suis sûr qu'il était nerveux et qu'il voulait faire de son mieux, mais ça ne se passait pas comme nous l'avions imaginé. On a essayé encore et encore et c'est alors que Colin nous a dit : " Vous pouvez essayer tout ce que vous voulez mais on doit enregistrer les vocaux de 16 chansons et je ne pense pas qu'il soit capable de le faire ". C'était dur car en répétition, tu ne pouvais jamais prévoir ce qu'il allait faire. On pensait qu'il allait enregistrer ces 16 chansons et apprendre tous les vieux trucs. C'est là qu'on a tilté. C'était comme si on avait besoin que Barney revienne, tu vois ? Ca, c'est l'avantage avec Barney, on pouvait toujours se reposer sur lui pour les vocaux.

Barney, quelle est ta position avec Extreme Noise Terror ?
Barney : C'est très simple. Ils m'ont demandé de rejoindre le groupe. Je leur ait dit que je ne voulais pas m'engager dans un autre groupe tout de suite. Si je devais faire quelque chose, je préférais recommencer à zéro, faire quelque chose de frais. Qu'il y ait un minimum de démocratie pour les décisions à prendre. Donc je leur ait dit que je ferai l'album - car ils étaient désespérés - s'ils le voulaient. Et que s'ils ne voulaient pas que je fasse l'album parce que je ne rejoignais pas le groupe, il n'y avait pas de problème. Donc j'y suis allé et j'ai fait l'album en quelques jours, c'était assez simple. Ils m'ont demandé de faire quelques concerts. Je leur ai dit que je les ferai si j'étais disponible, mais ils ne m'ont jamais appelé. Je suppose qu'ils ont repris Phil, l'ancien chanteur.

D'après vous, quel a été le plus gros obstacle dans la carrière du groupe ?
Shane : En Europe, on a un peu commencé en étant considéré comme un groupe de blagues, et ce n'est que maintenant que les gens commencent à nous prendre au sérieux. Cela a constitué un obstacle. Nous sommes sur Earache, qui est un label d'un genre différend. Peut être que nous n'avons pas les bonnes connexions. Je pense que nous aurions pu avoir de meilleurs créneaux en première partie. On fait toujours tout de nous-mêmes, comparés à beaucoup d'autres groupes à qui l'on sert tout sur un plateau. Cela n'enlève rien à leur musique ou à leur talent, je dis juste qu'ils ont les choses beaucoup plus facilement que nous.
Barney : Evidemment, je suppose que c'est parce que nous avons essayé autant que possible de ne pas faire de compromis. Beaucoup de gens ne remarquent pas ça. Les gens qui sont impliqués dans la face la plus mainstream de la musique extrême ne comprennent toujours pas ce que nous incarnons. Ils ne comprennent pas pourquoi nous faisons tant de bruit, mais c'est à eux de faire l'effort.

Pensez-vous que ce genre de musique va ou est déjà devenu plus réputé ?
Barney : Je pense que d'une certaine manière, c'est déjà le cas. Cela dépend de la façon dont tu te conduis et dont tu gères le groupe et tes propres affaires. Tu peux garder le tout underground et continuer de faire des bons trucs.
Shane : Ca pourrait être plus mainstream, si tu le commercialise. Ca le rendra un peu plus accessible. Je ne pense pas que cela deviendra complètement mainstream, mais à certains égards, la musique extrême est devenue plus populaire que quiconque l'aurait imaginé. Je pense seulement que pour tous ces groupes heavy qui sont populaires, c'est de l'exposition plus qu'autre chose. On est un de ces groupes qui a influencé un nombre incroyable d'autres groupes mais on n'a jamais eu la chance de jouer devant un autre public que le nôtre. On a donné quelques festivals en Hollande avec Faith No More il y a quelques années, et je connais ces mecs. Ils étaient toujours en train de dire : "on va emmener ND en tournée avec nous", mais ils ne l'ont jamais fait. Alors qu'habituellement, la moitié des groupes que l'on prend avec nous, on le fait pour une bonne raison. Soit on les apprécie soit cela a un sens. C'est dommage que les groupes plus importants ne fonctionnent pas de cette façon. Je pense que certains groupes prétendent qu'ils sont vraiment heavy. On pourrait croire que j'ai la grosse tête lorsque je dis ça, mais je ne le vois pas de cette façon. Je pense que certains groupes n'ont pas les couilles de nous emmener en tournée avec eux. Ils pensent qu'ils sont les plus heavy mais ils n'ont pas de cran. Max Cavalera (ex-Sepultura) a mon respect le plus total parce qu'en 1991, il a dit : "J'aime Napalm Death et je veux les emmener en tournée avec nous". C'est une attitude cool, tu vois, parce que tu offre à d'autres groupes la chance que tu as eu. C'est ce que nous essayons de faire chaque fois que nous le pouvons. Ce n'est pas de la jalousie ou de l'aigreur, et je continue d'apprécier réellement les concerts que l'on donne, mais ce serait bien d'avoir de la chance pour une fois et de pouvoir jouer devant un peu plus de monde.


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