LE COEUR SUR LA MAIN

Interview de Shane menée par Isabelle Le Maguet, parue dans le numéro de Rock Hard de avril 2005.

Nous étions loin de penser que les membres de Napalm Death étaient sensibles… et pourtant ! En cette journée destinée à promouvoir The Code Is Red… Long Live The Code, la nouvelle livraison des anglais, Shane Embury a le blues. Comme vous allez pouvoir le constater, ce n’est malheureusement pas avec nos questions que nous lui avons remonté le moral. Espérons cependant que sa déprime ne soit que passagère et que l’homme soit en pleine forme lors de la prochaine édition du Fury Fest !


Revenons d’abord sur les deux séries de concert que vous avez données fin 2004, aux Etats-Unis et en Europe. Comment se sont-elles déroulées ?
Assez bien, même si les conditions de voyage aux Etats-Unis n’étaient pas des plus confortables. Notre mini-bus est tombé en panne à deux reprises et, à chaque fois, juste avant d’entamer un long trajet, ce qui était plutôt ennuyeux. Mais dans l’ensemble, nous avons pris du bon temps. Nous n’avions jamais tourné avec Cannibal Corpse auparavant, et cette nouvelle expérience nous a pleinement satisfaits. Nous nous produisions juste avant eux, position qui nous convient parfaitement, puisque nous retirons moins de plaisir lorsque nous sommes en tête d’affiche. C’était également la première fois que nous participions au X-Mass Festival et nous nous sommes bien éclatés !

Pourquoi avez-vous décidé de partir en tournée juste après l’enregistrement de votre nouvel album, The Code Is Red… Long Live The Code, et surtout avant sa sortie ?
Cela faisait un petit bout de temps que nous n’avions pas donné de concerts. C’est la raison pour laquelle nous avons accepté d’effectuer ces deux tournées. Qui plus est, Leaders Not Followers Part 2 est sorti l’année dernière, et nous n’avions pas encore eu le temps de le promouvoir. Nous avons pensé que le timing était parfait et qu’il n’y avait pas un gros décalage entre sa sortie et notre périple américain. C’était aussi l’occasion de tester quelques nouveaux titres sur scène, car il est bien connu que la réaction des fans est le meilleur des baromètres.

Je suppose que tu as été particulièrement affecté par la disparition de Mieszko Talarczyk, puisque Nasum était un peu votre petit protégé…
Une forte amitié s’était effectivement développée entre nous au fil des années. Nous étions surtout en contact via Internet, et nous avions même échangé quelques mails lorsqu’il était en Thaïlande. J’ai monté un projet avec Anders, le batteur de Nasum, et Mieszko devait produire notre premier album. Sa disparition m’a réellement terrassé… La mort d’un proche est toujours difficile à gérer et il n’existe pas encore de moyen efficace pour lutter contre la douleur. Ce que je viens de dire est banal, mais tellement vrai… Assumer la mort d’un être cher est l’épreuve de la vie la plus dure à surmonter. Réaliser que la personne ne reviendra jamais et surpasser cette attente définitive requiert beaucoup de temps et de courage. J’ai récemment eu l’occasion de voir Jesper, l’ancien bassiste de Nasum. Il était en Angleterre avec son groupe, Burst. Cela m’a porté un nouveau coup au cœur, car je ne l’avais pas vu depuis longtemps, et je sais que la même chose se reproduira lorsque je reverrai Anders. On ne peut pas éviter cette vague de tristesse, qui revient toujours à la surface à un moment ou à un autre.

Parles-nous de la confection de The Code Is Red… Long Live The Code. Beaucoup de combos ont tendance à composer dans l’urgence, et même à terminer un ou deux morceaux en studio. Est-ce votre cas ?
Pas du tout. Nous n’avons jamais procédé de la même manière que la plupart des autres formations. Nous ne décidons pas, à un moment donné, de débuter l’écriture d’un nouvel album ; au contraire, nous lui donnons naissance progressivement, processus aidé par le fait que nous habitons tous à proximité les uns des autres. La majorité des chansons date de… je ne sais pas… (Shane est soudainement déstabilisé) Pour tout te dire, j’ai écrit « Silence Is Deafening » quand nous avons émis l’idée de sortir un split-CD avec Nasum. Plusieurs autres morceaux devaient également apparaître sur cette réalisation commune. Comme cette dernière n’a pas pu voir le jour, nous les avons gardés sous le coude et ils sont devenus la base de travail de The Code Is Red… Nous n’avons même pas pris le temps de les retravailler, car nous n’en voyions pas la nécessité. Ces nouveaux titres s’intégraient parfaitement dans le schéma que nous avions en tête pour notre prochain essai : nous voulions conserver une certaine consistance, et prouver simplement que nous étions toujours aussi efficaces dans notre style. Nous avons passé l’âge de nous prendre la tête sur le moindre détail. Notre but était uniquement de proposer un disque extrême, reflétant parfaitement ce que Napalm Death est, et a toujours été. Sommes-nous parvenus à atteindre un certain niveau dans notre développement musical ? Je n’en sais strictement rien ! Certains vont sûrement prétendre que The Code Is Red… est purement et simplement un album de plus dans notre longue discographie, mais je pense cependant qu’il comporte des dynamiques intéressantes, ainsi que des détails particulièrement stylés.

The Code Is Red… est effectivement très varié, avec ces légères inclinaisons black et doom. D’où vient cette richesse plutôt surprenante ?
Absolument. On peut même trouver des riffs black de ci, de là, ce qui est directement lié à ma complicité avec Nick Barker (Lock Up, ex-Cradle Of Filth et Dimmu Borgir) ! Je ne suis pas très familiarisé avec ce qui se fait en ce moment dans ce style ; j’en suis plutôt resté à des groupes comme Venom et Bathory, que j’ai beaucoup écoutés quand j’étais plus jeune. Trop occupé avec Napalm, j’ai ensuite manqué les diverses mouvances qui ont traversé et étoffé le black. Je me suis récemment penché sur les structures de cette musique, particulièrement froides et écorchées. Pour le côté doom, c’est encore différent. Nous sommes de grands traditionalistes, ce qui provient surtout du fait que nous ne sommes pas très doués en dehors de notre style de prédilection. En règle générale, nous sommes des joyeux lurons, mais la musique dépressive peut cependant avoir son charme. Pour ma part, j’ai toujours été fan de doom, c’est pourquoi j’ai tenu à en incorporer une lichette. Il est vrai que « Morale » est une chanson à part et nous avons quand même hésité à la conserve dans le track-listing final, d’autant que je l’avais initialement écrite pour un autre projet. Mais Barney a fait un excellent boulot au niveau du chant, et ce titre est, du coup, l’un des plus intenses de l’album. « Morale » clôt The Code Is Red… de manière symbolique : il représente l’incertitude de l’existence et le fait qu’on ne peut jamais prédire à l’avance ce qui va se passer. C’est une sorte de point d’interrogation virtuel, qui tranche avec notre positivisme habituel et apporte un eu de mystère à l’ensemble. Nous avons à disposition un morceau du même calibre, qui ouvrira notre prochain disque. En parallèle de ces nouvelles influences, nous avons réussi à introduire des éléments classiques, que nous avons toujours pris pour habitude d’utiliser. Je me plaît à comparer chaque album de Napalm Death à une pâtisserie : plus un disque contient de blast beats, plus il est tendre et savoureux, comme un bon gros gâteau !

Peux-tu nous dire un mot sur le choix des invités qui apparaissent sur The Code Is Red… ?
C’est en fait une suggestion de notre label, Century Media. Au départ, nous n’étions pas très partants pour la concrétiser, car ce genre de scénario a tendance à trop se répéter à mon goût. Puis l’idée d’inviter des potes nous a finalement séduite, et nous nous sommes donc exécutés ! Jeff Walker (ex-Carcass) est un ami de longue date. Je l’ai vu un peu avant qu’il n’enregistre ses parties vocales pour notre album, et notre entretien me laisse à penser qu’il est de nouveau enclin à jouer de la musique. Peut-être aura-t-on droit, un jour, à une reformation de Carcass (rires) ! La présence de Jamey de Hatebreed a un peu surpris, mais beaucoup de gens ne savent pas que nous nous connaissons depuis des lustres. Avant que Hatebreed devienne populaire, Jamey était promoteur de concerts, et il nous a trouvé énormément de plans aux Etats-Unis. J’ai contacté Jello Biafra (Dead Kennedys) par l’intermédiaire de Billy Gould (ex-Faith No More). Faire appel à Jello était une évidence, car je trouve son chant extrêmement intéressant et je voulais voir ce que cela pouvait donner sur du Napalm Death !

Quelle est la signification du titre de l’album (Ndlr : qu’on peut littéralement traduire par : « Le code est rouge… Longue vie au code ») ?
Cela fait référence au fait que le monde entier semble être constamment en alerte rouge, et que les dirigeants doivent sans cesse faire face à une espèce d’état d’urgence international ou sont toujours sur le qui-vive à cause des nombreuses attaques terroristes. A travers ses textes, Barney évoque ce profond désespoir dans lequel l’humanité est plongé, et qui croît qu fil du temps.


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