SHANE REACTION

Interview de Shane menée par Thomas Vandenberghe, parue dans le numéro de Rock Sound de décembre 1999

"Leaders Not Followers" est le bien nommé nouvel album de Napalm Death. Un groupe qui doit son succès au nombre de publics qu'il a su séduire, allant du punk au thrash, et sachant toujours rendre hommage à ceux qu'il considère comme ses aînés, comme les groupes coverisés sur cet EP de reprises punk. Entretien avec l'impressionnant Shane Embury.


Longtemps, les Napalm Death n'ont pas voulu s'enfermer dans le piège de la 'reprise facile', de peur d'être catalogués aux côtés de nombreux autres groupes un peu trop opportunistes. C'est aujourd'hui, ayant quitté leur label Earache avec qui ils collaboraient depuis leurs touts débuts, pour Dream Catcher, qu'ils ont bien voulu, au label comme à eux-mêmes, concéder ce qui s'avère en réalité, avoir toujours été un vieux rêve : reprendre des titres de certains de leurs groupes fétiches, comme Raw Power, Repulsion ou les Dead Kennedys. "C'est une façon moins formelle d'entamer un contrat pour un nouveau label" explique le bassiste Shane Embury. "Le livret du CD explique bien la façon dont chacun d'entre nous s'est pris de passion pour tous ces groupes. Napalm Death, à la base, c'est six collectionneurs de cassettes démo, tous originaires de la même ville, qui se sont rencontrés en correspondant et en s'échangeant des cassettes de groupes obscurs. On appelle ça le tape-trading. C'est un peu moins en vogue depuis l'arrivée du CD. Moi-même, je n'ai plus le temps d'en faire autant qu'avant, où la moyenne était un échange d'à peu près quarante ou cinquante cassettes par semaine ! Le tape-trading correspond à un principe de l'idéologie punk". Du coup, "Leaders Not Followers" est un disque réalisé en 'fans' : six groupes repris, dont chacun a été choisi par un membre de Napalm. Mitch Harris choisit alors "Demonic Possession" de Pentagram, et Shane, le "Incinerator" de Slaughter, le groupe canadien, pas le groupe américain du même nom, évidemment. Tous des groupes cultes, dans un sens. "Un fan allemand m'a demandé pourquoi nous n'enregistrions pas une reprise de Discharge. Ou des Misfits. Je lui ai dit : 'Mais tout le monde fait déjà des reprises de Discharge ou des Misfits, ça n'a plus aucun intérêt !'. J'adore ces groupes, mais les reprendre aujourd'hui paraît vraiment trop banal. On préférait reprendre des groupes moins connus mais aussi importants à nos yeux". Qui ont donc eu leur part d'influence sur la musique de Napalm, d'une manière ou d'une autre. En cela, et grâce à leur passé de collectionneurs avertis, les Napalm Death (Shane Embury en tête) apparaissent comme de véritables encyclopédistes du punk. Des obscurantistes qui aiment à faire partager leur passion. Tous les groupes ne reprennent pas un morceau de Death qui n'existe même pas sur la discographie officielle du groupe, mais dont la seule version demeure celle sur une démo des répétitions de 1985. Napalm Death, eux, le font. Comme s'ils étaient les seuls à savoir mettre le doigt sur LE bon morceau, LA rareté à côté de laquelle on ne peut passer. "Je pense qu'à partir du moment où, quand tu es jeune, tu découvres "Kill'em all" de Metallica et que tu es totalement fasciné par ce disque, par ce qu'il propose en termes d'innovations, tu as deux choix : soit tu pars vers des choses plus mainstream qui s'en rapprochent, soit tu te passionnes pour tout un pan de la scène activiste. Tu te mets à acheter des fanzines et des démos, et tu te rends compte qu'il y a des milliers d'excellents groupes peu connus. C'est en choisissant chacun cette direction que les membre de Napalm se sont rencontrés et partagent la même passion depuis le début. Alors forcément, oui, on s'intéresse inévitablement à l'histoire de tous ces petits groupes à qui l'on doit tant."


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