NAPALM DEATH
Interview de Mitch Harris menée par Nicolas et
Christophe, parue dans le fanzine Shocker en 1996
A Shocker, on ne s'est toujours pas remis de l'excellent "Diatribes" de NAPALM DEATH. Même si les finesses de ce catalyseur de brutalité restent toujours aussi indicibles sur scène, Napalm Death live n'en demeure pas moins un spectacle impressionnant où il fascine par la chape sonore qui s'abat sur son public. Napalm Death achevait sa tournée mondiale par la France et à Dijon, ils ont bien voulu se soumettre à nos questions.
Vous avez bâti votre succès pas à pas mais il semble
de plus en plus difficile pour vous de conquérir de nouveaux fans ? Cela vous frustre
t-il ? N'avez-vous pas envie maintenant de connaître un brillant succès comme Sepultura
ou Pantera ?
Ce serait cool mais nous allons continuer à jouer dans notre
style et si le destin veut que nous soyons célèbres. Je suis un grand fan de Sepultura
et Pantera. Je suis content qu'ils aient du succès ; peut être qu'un jour, on en aura
plus. Ce qui est important pour nous, c'est de jouer la musique que nous ressentons.
Vous restez honnêtes...
Oui, vis-à-vis de nous-mêmes. Il n'y a aucune raison de
faire ce qu'ils font. Pour moi, développer un nouveau style de musique est beaucoup plus
important que le succès.
Les remix de Fear Factory les ont ouverts à un public plus
large, cela pourrait-il être une solution pour booster votre carrière ?
Je crois que cela n'a rien à voir. On en a déjà fait avec
Napalm Death, après Utopia Banished. On a remixé "Contemptuous",
c'était donc avant la sortie de "Fear is the mindkiller" de Fear
Factory mais Earache n'a pas voulu le sortir car ils ont eu peur de la réaction de nos
fans. Ils ne voulaient pas que ces derniers pensent que nous avions viré techno, donc
rien n'est sorti. Puis Fear Factory l'a fait et c'est ensuite qu'Earache a réalisé que
nos remixes étaient vraiment bons, mais c'était trop tard. Dans un sens, je suis content
car Napalm Death n'a aucun besoin de s'investir dans la scène techno.
Colin Richarson a fait du bon boulot, mais pour le prochain
album, aimeriez-vous travailler avec un producteur non spécialisé dans le métal
extrême ?
Oui, avec Dave Jerden qui a produit Jane's Addiction. Il est
aussi responsable du son de "Dirt" d'Alice In Chains (dont j'aime la
production). Mais Colin Richardson comprend vraiment Napalm Death et je pense que c'est
l'homme qui sait comment nous devons sonner. Nous avons parlé de Steve Albini, un gars de
SkinYard qui a produit le premier Nirvana et Soundgarden. Sur "Fear, Emptiness,
Despair", nous avons essayé une autre personne mais cela n'a rien donné de
bon. Avec Colin, c'est cool parce qu'il sait exactement d'où nous venons. Quand tu es
dans un groupe, la dernière chose que tu aies envie de faire, c'est de t'inquiéter du
son de l'enregistrement. Tu as besoin de te concentrer sur la musique et de sentir une
bonne atmosphère sans stress. C'est ce qui est bien avec Colin ; pour nous, c'est
vraiment simple de bosser avec lui. Pour le prochain album, ce sera encore lui, nous avons
réservé pour décembre.
Que penses-tu des la techno hardcore qui est aussi une
musique très violente ?
Pour moi, c'est plus intéressant que le death metal moyen.
Dans Meathook Seed, j'utilise des sons technos que je mélange avec une guitare et une
basse. C'est très intéressant d'expérimenter ce genre de musique. J'ai toujours aimer
écouter des trucs nouveaux, écouter de nouvelles combinaisons, mixer différentes sortes
de musiques extrêmes. Mais nous aimons aussi ce qui est mélodique, agressif, triste...
Vous n'êtes pas trop satisfaits de votre deal avec Earache.
Pourquoi ?
Ce n'est pas que nous ne soyons pas satisfaits du contrat, je
pense qu'ils ont bien travaillé sur "Diatribes" mais il fut un temps
où ils ne faisaient rien pour nos albums. Napalm Death a toujours vendu pour ce qu'il
est, pas pour ce qu'Earache a fait. On préfèrerait sortir nos albums nous-mêmes, comme
ça on pourrait contrôler la pub. Mais le contrat avec Earache touche à sa fin, il nous
reste un album à faire et ensuite nous serons libres... ou alors ils devront payer très
cher (rires).
A un moment, Columbia USA s'est intéressé à vous pour "Fear,
emptiness, despair"...
Columbia n'a pas fait mieux qu'Earache ou Relativity aux
States. Ils ne savaient pas comment distribuer l'album aux fans. En plus, une partie de
ceux-ci haïssaient le fait que nous soyons sur une major. Par contre, ils n'ont jamais
essayé de nous influencer. Columbia n'a pas distribué l'album aux bonnes personnes,
comme aux fans ou aux personnes impliquées dans l'underground. Ils espéraient peut être
vendre deux millions de copies mais il n'en ont vendu que 70 000. C'est ce que nous
vendons normalement aux States. Nous sommes retournés chez Earache, ce qui ne pose pas de
problème car ils n'ont jamais essayé de nous influencer non plus, qu'ils s'investissent
et qu'ils travaillent dur. Chez Earache USA, il y a cinq ou six personnes qui travaillent
sur l'album alors que chez Columbia, il y a 500, voire même 5000 personnes dans chaque
bureau et sur tout le pays, il n'y a que 4 personnes qui ont travaillé sur Napalm Death.
Napalm Death évolue sans brusquer ses fans...
Il y en a toujours qui ne souhaitent pas voir les groupes
évoluer. Comme pour Slayer où il y en a qui aimeraient avoir dix fois "Reign in
blood", il y a aussi des fans de ND qui souhaitent nous voir jouer "Scum"
pour toujours. Mais il est plus important pour nous de faire progresser Napalm et
d'essayer de trouver quelque chose de nouveau à chaque fois. Et je pense qu'il est plus
excitant pour les fans d'entendre quelque chose à laquelle ils ne s'attendaient pas de
notre part. Surtout si ça sonne totalement nouveau et que ça sonne quand même comme
Napalm Death. Les vrais fans nous soutiennent vraiment.
Comptez-vous développer votre nouvelle manière de composer,
plus groovy et mélodique mais toujours brutale ?
Je hais le mot 'groovy' ! C'est vrai qu'avec les nouvelles
compos, on est plus sujet à sauter qu'à pogoter. Ce que je préfère parce qu'en
sautant, les fans ne se blessent pas, ils passent un bon moment. Il est vrai qu'en
composant "Diatribes", on s'est plus concentré sur le rythme, on a
rajouté des trucs mélodiques pour casser le rythme parce qu'on s'est dit qu'en étant
aussi intense et rapide, ça pouvait devenir ennuyeux. De toute façon, tu peux apprécier
les parties mélodiques mais après, ça redevient heavy.
De quel disque es-tu le plus fier ? Et le moins fier ?
Je suis fier de tout ce que nous avons fait. Musicalement, il
n'y a qu'un morceau que je déteste, c'est "Unfit Earth" sur "Harmony
Corruption".
Où en sont vos divers projets solos, et notamment le tien,
Meathook Seed ?
Je devrais l'enregistrer avant Noël, c'est tout ce que je
peux te dire. En ce qui concerne Jesse et Terrorizer, ils aimeraient bien enregistrer de
vieilles compos mais les gars de Morbid Angel ne sont pas libres. Barney n'a pas d'autres
groupes, il est trop occupé à jouer au foot (rires).
Vous êtes très amers sur la situation sociale de
l'Angleterre, je suppose que l'épisode de la vache folle doit vous affliger, encore une
conséquence du Thatchérisme ?
Je ne crois pas que cela ait quelque chose à voir avec
Thatcher. Les gens mangent de la viande depuis toujours et va savoir ce qu'ils donnent aux
poulets pour les engraisser... Tout ce que tu manges et ce que tu bois est pollué. Même
si tu es végétarien, tu peux t'empoisonner avec les insecticides. Tout ce qu'on peut
faire à notre niveau, c'est d'écrire des morceaux qui fassent réfléchir les gens, qui
les fassent penser par eux-mêmes pour qu'ils ne se laissent plus influencer par les
médias.
Vous avez eu des problèmes avec des skins sur votre tournée
américaine...
On a eu quelques problèmes, mais je ne préfère pas parler
de ces putains de bâtards fascistes qui sucent des bites. Ce qui s'est passé, c'est
qu'il y en a qui sont venus à un concert et qui se sont battus avec des innocents. Nous
avons refusé de monter sur scène, on les amis dehors et c'est tout. Quand il y a des
skins dans la salle, on ouvre le concert avec "Nazi Punks Fuck Off" et
on leur dit de se casser. Pour eux, nous sommes un groupe de satanistes. Ils ne
comprennent pas ce qui est cool parce que nous n'écrivons pas de musique pour des gens
aussi étroits d'esprit.