Napalm Death

Une discussion entre Mitch Harris et Jeremy Wernow des USA courant 1996

Il est étrange de penser que Napalm Death existe depuis aussi longtemps que Metallica. Originalement formé fin 81 / début 82 avec absolument aucun des mêmes membres actuels, Napalm Death a réussi à rester en piste et à devenir un des groupe ayant le plus de succès dans son genre. Le groupe est passé par un changement drastique de line-up au milieu des années 80, laissant un seul membre original lorsque leur premier album, "Scum", sortit en 1987. A la base, il n'était disponible aux Etats Unis qu'en import, et uniquement aux personnes qui avait accès à un magasin ayant une section "import" solide (je n'en faisais pas partie). A la suite de la sortie de "From enslavement to obliteration" et de "Mentally murdered", le groupe connut un autre changement drastique de line-up et s'envola vers nos contrées pour enregistrer leur premier disque américain, "Harmony corruption". En plus de l'Europe et du Japon, ils ajoutèrent désormais une victoire américaine à leurs trophées. Le line-up est resté stable depuis lors ; le seul remplacement étant celui du batteur, Mick Harris (sans relation avec Mitch, passez votre route Duran Duran), qui est parti poursuivre ses intérêts dans Scorn. Après avoir incorporé le batteur actuel, Danny Herrera, et avoir sorti beaucoup d'autres albums, de minis albums et de projets parallèles, on retrouve le groupe début 1996 avec non seulement la sortie d'un autre de leurs nombreux EP's, mais également d'un album longue durée, Diatribes, pour l'accompagner. Juste avant Noël, j'ai reçu un coup de fil de Mitch Harris, guitariste depuis l'époque Harmony Corruption, alors qu'il rendait visite à sa famille dans sa ville d'origine, Las Vegas.


Un Groupe Du Passé
Jeremy : D'où est-ce que tu m'appelles ?
Mitch : Las Vegas.

Ah, du secteur 51 ?
Je suis à fond dans tout ce trip, dans tout ce domaine. (web : le secteur 51 - ou zone 51 - désiqne une base militaire américaine située dans le désert du Nevada. D'après les rumeurs, c'est dans cette base que fut confiné un OVNI)

As-tu toujours vécu là-bas ?
J'ai déménagé du Queens, à New York, lorsque j'avais dix ans.

Au cours de ces dernières années, vous avez tourné dans des endroits dans lesquels vous n'étiez jamais allés avant. Vous avez joué dans des stades géants en Russie, vous avez tourné en Afrique du Sud, et vous avez joué au Canada dans des lieux où personne n'avait jamais joué auparavant.
On s'est aussi demandé pourquoi. On est remonté dans la Baie du Tonnerre au Canada, et ça valait le coup de faire le Canada pour voir ce que ça donnait. Je n'ai rien de négatif à dire à propos de ça, mais il vaut mieux donner moins de concerts et voyager de temps en temps. En ce qui concerne l'Afrique, j'en fut honoré, jamais je n'aurais pensé mettre les pieds an Afrique de ma vie ! Qui penserait jouer en Afrique ?

Y a t-il une forme de scène musicale là-bas ?
Ouais, c'est étrange, les blancs ont leur propre scène, et les blacks ont leurs propres délires. Ils ne se battent pas, c'est jovial mais séparé. Ils ont leur propre maison de disques ainsi que des magasins distribuant des trucs d'Earache et de Roadrunner. Il y avait 1200 personnes à Johannesburg, 300 à Durban, Fort Elizabeth et Capetown, tous des concerts cools. La Russie, c'était deux nuits dans un stade de hockey avec 7000 personnes chaque soir, ce qui me semblait surréaliste. Avec le type de musique que nous jouons, je n'aurais jamais pensé qu'autant de monde se pointerait. A l'époque, les barrières tombaient et ils étaient très intéressés par la culture occidentale. Ils sont fans de musique extrême. Ils ont commencé par les Beatles puis n'ont rien eu d'autre, ils étaient fermés. Puis soudainement, ils se sont ouverts à nouveau et se sont tournés vers les trucs les plus dingues qu'ils pouvaient trouver. Le prix du concert était de 25 cents (= francs en 1991) et il y avait un service de sécurité militaire ; c'était intense. Les gens étaient toujours restreints, il ne pouvaient que faire tournoyer leurs vêtements.

Y avait-il un pit ?
Non, le service de sécurité n'aurait pas compris. Ils auraient considéré ça comme une émeute. Etant Américain, on nous a élevés en nous montrant la Russie comme notre ennemi. Ils avaient l'arme nucléaire, nous avions peur d'eux. Je me suis dit qu'il devait y avoir des gens aussi effrayés par nous que nous pouvions l'être par eux, personne ne veut la guerre, tout ça, c'est la merde des gouvernements. Donc nous nous y sommes rendus pour voir comment c'était réellement. Nous avons parlé avec des soldats qui étaient des fans totaux de Napalm Death, nous avons pris des photos ensembles et c'était vraiment cool. C'étaient des personnes normales, exactement comme nous. Lorsque nous y étions, ils traversaient une crise de la même ampleur que celle que nous avons connu dans les années 30. Nous y sommes retournés une fois depuis pour jouer dans un festival. On pourrait facilement faire 40 concerts en Russie mais il faut bien qu'on enregistre des disques. Il y a encore l'Amérique du Sud. Il y a encore l'Australie et le Japon. Dernièrement, nous avons eu des problèmes pour nous rendre dans certains endroits pour une raison ou pour une autre. Pour le dernier disque, nous n'avons donné qu'une centaine de concerts.

Un Groupe Du Présent
Parle moi de l'album. En fait, je devrais dire 'des albums' car vous sortez un disque et un EP.
Utopia Banished était uniquement rapide. Pour nous, à l'époque, c'était l'album Grind ultime. Après ça, nous étions là : "OK, qu'est-ce qu'on veut faire maintenant ? Nous voulons faire quelque chose de différent". Donc nous avons expérimenté, nous avons essayé des rythmes de batterie en contre-temps, des structures de chansons différentes, des tempos de batterie plus agressifs plutôt que de se reposer sur la vitesse tout le temps. Si on avait fait un autre Utopia Banished, on se serait retrouvés dans une impasse. Puis nous avons fait "Fear, Emptiness, Despair" qui a eu un gros succès d'après moi, il contenait de bonnes chansons. On a tout regardé et nous nous sommes concentrés sur les nouveaux éléments qui ne figuraient pas sur le dernier disque. Ce disque représente un grand changement mais, en fait, c'est plus un processus d'évolution depuis que nous sommes dans le groupe. Cela fut dur de trouver une manière crédible d'agir sans perdre les éléments traditionnels mais tout en faisant systématiquement quelque chose de nouveau. Maintenant, le son a beaucoup plus de dynamique, une meilleure production, c'est truffé de lignes de guitare différentes. On est jamais rentrés dans le trip de sampler, on a juste utilisé les guitares pour faire du bruit. Nous avons fait des trucs lents et hypnotiques, nous avons fait des tempos ultra rapides qui s'enchaînaient à des parties inattendues. Nous avons posé la structure basique des chansons et nous avons essayé de choper le riff basique approprié, puis nous l'avons arrangé de manière qu'au fur et à mesure que tu écoute la chanson, cela te rentre dans la tête sans devenir chiant. On voulait un son propre, agréable à l'oreille ; je pense que ça a très bien marché sur cet album. De toute évidence, nous allons devoir faire quelque chose de différent pour le prochain album. Maintenant que l'on a vu ce qui marche sur cet album, on peut le reproduire sur l'album suivant tout en incorporant des nouveaux trucs, pour essayer de garder les choses fraîches. Barney (Greenway, le vocaliste) n'était pas sûr de pouvoir le faire, mais il a expérimenté et j'ai trouvé qu'il avait fait du très bon boulot. Il a beaucoup plus de capacités avec sa voix que ce que les gens connaissent.

Qu'est ce que tu as écouté dernièrement qui t'as influencé dans la musique que tu joues sur cet album ?
De quoi suis-je fan depuis que nous avons rejoint Napalm Death ? Je suis devenu fan de Jane's addiction juste avant de rejoindre le groupe, à tel point que je suis redevenu fan de Zeppelin. J'étais vraiment fan de Pink Floyd étant enfant, puis les années métal sont arrivées et j'ai grandi sans, et puis j'y suis revenu à nouveau. Je suis devenu fan de ça et de Cocteau Twins et de Skinny Puppy, de Ministry, de Smashing Pumpkins dont je suis devenu dingue, de Quicksand. Nous avons nos vieilles influences comme Celtic Frost et DRI, notre style vient de là, mais maintenant, nos apprenons comment développer les trucs les uns dans les autres. Il y tellement d'autres trucs ailleurs qu'en fait, nous pouvons prendre une idée des Cocteau Twins, des Cranberries ou des Sundays, la zique douce, le mixer au reste et ça marche. C'est assez dur à faire, cela nous a pris six ans avant d'y arriver. En ajoutant lentement de la dynamique, ça rend les parties heavy encore plus heavy. Les choses acquièrent plus d'impact lorsqu'elles montent et descendent. On a écrit environ 18 chansons et on s'est posé en attendant que Colin Richardson finisse ce qu'il avait à faire parce que nous voulions vraiment travailler avec lui. On a continué d'attendre et d'écrire, et à la fin, nous avions 18 chansons et c'était la confusion totale. On a essayé de donner un ordre aux chansons mais cela nous a finalement frustré et on l'a donné à la maison de disques. On l'a coupé en deux, alors que je voulais que "Self betrayal" et "Cold forgiveness" soient sur l'album. A la base, le mini album servait à promouvoir l'album de manière à ce que les gens puissent l'entendre, qu'ils voient ce que l'on fait et qu'ils sachent que c'est différent. Pour le prix d'un single, tu peux avoir sept chansons et voir ce que ça donne. En fait, c'est supposé être vendu au prix d'un single mais je suis allé dans un magasin et je l'ai vu pour 9 dollars environ, donc il est passé par une putain de fenêtre. A la base, c'était pour faire savoir à tout le monde qu'il y a un nouvel album et que nous allons tourner.

Puisque tu es à Las Vegas, est-il dur d'avoir des membres en Angleterre et aux Etats-Unis ?
En fait, nous vivons en Angleterre. C'était une des conditions si nous voulions rejoindre le groupe. Je suis à la maison juste pour le vacances. Cependant, vivre en Angleterre ne pose pas de problème. Nous avons eu des problèmes pour rester dans le pays à cause de l'immigration et de toutes ces merdes. Jesse et moi faisions du tape-trading et tous ces trucs undergrounds. J'envoyais la démo de mon ancien groupe, Righteous Pigs, un peu partout. On correspondait tous les deux avec Napalm Death, on écoutait les mêmes choses au même moment à la base, et donc il n'y a pas eu de choc culturel lorsque nous avons rejoint le groupe. Seulement deux mecs de l'autre côté de la planète et cela a fonctionné. Nous sommes à 100 % en phase avec le camp Napalm, et la musique s'est complètement développée. Nous connaissons nos styles respectifs de fond en comble. Nous passons beaucoup de temps à écrire les chansons désormais.

Récemment, j'ai parlé à Lee Dorrian de Cathedral et il m'exprima sa plus grande joie quant au fait de ne plus être sur Columbia. Quels sont tes sentiments sur le fait que vous êtes strictement sur Earache maintenant ?
Je me foutais d'être ou non sur Columbia. Nous avons signé avec Earache et ils nous ont passé sous licence de Columbia. On avait plus d'argent pour travailler et on n'avait pas à se soucier du budget. On est sorti de ça. OK. Ils ont fait le disque, l'ont sorti et n'ont pas essayé de nous dire "Ne faites pas ci, ne faites pas ça". Imagine un label comme Columbia, il y a 500 ou 1000 personnes qui y travaillent et il n'y a que 4 personnes qui travaillent sur notre disque. Il leur est difficile de toucher les bons magasins de disques, d'atteindre leurs objectifs, de mettre l'album en contact avec l'underground. Les quatre personnes qui ont travaillé dessus savaient ce qu'elles faisaient, mais que peuvent faire quatre personnes ? Il n'y a pas de sentiment profond entre eux et nous. De toute évidence, cela n'a pas atteint leurs prévisions de vente. Nous nous sommes séparés et nous sommes maintenant de retour sur Earache. Ils ont un meilleur contact avec l'underground et font du bon boulot. En fait, il y a moins de pression sur nous. Earache n'a pas le choix d'empêcher nos disques de sortir, qu'ils les aiment ou non. Ils les ont toujours aimé, mais si ce n'était pas le cas, notre voix primerait.

Qu'est ce que tu dis quand tu vois un groupe sur scène qui sonne exactement comme vous ?
Si c'est ce qu'ils aiment, alors c'est cool. Les influences sont les influences. Cela me donne juste envie de m'en éloigner , mais tu le prends dans la gueule, spécialement lorsque les gens ne remarquent pas que c'est influencé par ce que nous avons fait, cela me frustre. Quand au moins les gens remercient Napalm ou n'importe quel autre groupe qui les a influencé, alors là c'est cool.

Vous avez tendance à sortir des albums bien rapidement alors que des groupes comme Metallica sortent des albums tous les trois ou cinq ans. Combien cela prend-il de temps, en moyenne, de l'écriture d'une chanson à son insertion sur le disque et à sa sortie ?
Metallica est dans une position où ils peuvent se permettre ce genre de choses. Je ne pense pas que Rage Against The Machine puisse attendre quatre ans entre deux albums, ils n'ont pas construit de following assez important pour ça. Les gens sont toujours dans le truc à venir, ils se mettent à la nouvelle mode vraiment rapidement, les choses vont et viennent, la sensation du mois, n'importe quoi. On a toujours été partants pour faire ce que l'on fait et pour sortir les disques aussi rapidement que possible, mais en bossant dessus et en faisant du bon boulot. C'est plus important que de sortir deux albums par an. Si on prenait quatre ans pour faire un album, il y a tellement d'autres groupes qu'on appartiendrait probablement au passé ; on essaye d'être au dessus de ça. Certaines de nos chansons ont mis deux ans et demi avant de finir sur un disque, la moyenne étant un an. Evidemment, mes trucs préférés sont les nouveaux. On a joué l'autre merde un milliers de fois, cela devient vieux. Plus c'est frais, plus j'en suis dingue. Pour les deux derniers disques, mes chansons préférées étaient celles que nous avons mises au dernier moment. Tout le monde a sa petite préférence. Shane en a déjà six. Au moment où nous irons enregistrer le disque, il en détesteras peut être la moitié. Il y a encore du matériel ici et là, on pourrait faire un autre disque, mais nous voulons nous concentrer sur celui-ci.

Maintenant que Napalm Death est (relativement) populaire, à quels types de magazines parles-tu ? Aux zines, aux petits magazines, aux publications grand tirage ?
J'ai parlé avec de nombreux zines, Jesse le fait, Shane le fait, Barney le fait, ce qui est bon, ils ne sentent pas aliénés par Earache. Earache est plus en contact avec ces personnes que ne l'est Columbia. En fait, beaucoup de gens sortent de la charpente que nous n'entendions pas sur nos derniers disques, on n'entendait pas ce qu'ils pensaient. L'underground joue un rôle fondamental dans la musique d'aujourd'hui et nous ne lui avons jamais tourné les talons.

Ce qui est étrange, c'est que les magazines de guitare ont capté ce disque. Je me souviens avoir vu quelque chose à propos du Grindcore dans Rolling Stone il y a un petit moment, et il y avait Napalm Death.
Ouais ! Je pensais qu'ils allaient nous descendre, mais l'article nous était favorable. Maintenant, il y a des groupes comme Metallica qui font des découvertes pour tout le monde. Je me fous de ce qu'on peut dire, ils sonnent toujours comme Metallica et ils font des percées commercialement parlant. En même temps, cela fait apprécier aux gens ce qui est plus heavy.

Est-ce que vous allez faire une vidéo, et si oui, comment prévoyez-vous de la promouvoir en Amérique vu qu'il n'y a plus d'émission nationale de métal à la télé ?
Je ne sais pas. Nous sommes en train de faire un clip pour "Greed killing". Nous n'avons pas dépensé beaucoup d'argent dedans, vu qu'il n'est pas appelé à passer en rotation lourde. Nous avons trouvé un directeur artistique ayant une bonne idée et nous nous sommes dit "Bien, c'est parti, nous ne voulons pas nous creuser la tête". Nous sommes assez satisfaits du résultat. C'est définitivement différent pour Napalm. Nos deux seuls potes qui passent nos vidéos sont Beavis et Butthead.

Qu'ont dit Beavis et Butthead à propos de votre clip ? Ils ne furent pas très gentils.
Ils l'ont descendu, c'était assez marrant. Ils ont dit que Barney sonnait comme Godzilla, ce qui est assez juste.

Un Groupe Du Futur
Quel est le futur de Napalm Death d'ici un an, cinq ans ou bien 10 ans ?
Nous allons tourner jusqu'à la fin de l'été puis retour en studio en novembre.

Tu as déjà des idées de chansons ?
Ouais, nous en avons retenu sur cet album. Lorsque nous rentrerons en studio, les chansons auront un an. Maintenant , nous savons ce qui a marché avec cet album, il nous reste des chansons non utilisées. Nous avons une idée ou un concept de ce que nous voulons pour ce disque, c'est ce que je peux dire. Quand c'est fait, on s'arrête et on regarde ce qui a été fait jusque là, et on continue à partir de ça, chaque album à son tour. J'aimerai progresser de manière à arriver à l'an 2000, essayer des choses différentes, innover un peu, essayer de tourner, se rendre dans des endroits où nous ne sommes jamais allés auparavant.

Y a t-il quelque chose d'autre que tu voudrais ajouter ?
Non, simplement gardez l'oreille et l'esprit ouvert vis-à-vis de notre nouveau disque. Ne vous limitez pas à un seul type de musique, il y a quelque chose dans toute forme de musique.


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