CARCASS


" Necroticism - Descanting The Insalubrious "

Phil Pestilence / HARD ROCK MAG / Janvier 1992

Au vu de leur inégalable et nauséabond Symphonies Of Sickness et de la patience certaine qu'il nous aura fallu endurer pour enfin manipuler Necroticism, les poulains de l'ex-Napalm, Bill Steer, n'avaient pas intérêt à décevoir. Les pires rumeurs avaient pourtant couru sur leur compte, ils s'adonnaient soi-disant à une sorte de dance-funk fusion et avaient définitivement cessé de prêcher les valeurs de l'anthropophagisme primaire. Vent de panique prématuré si l'on en juge l'ardeur des jeunes gens à resservir tout cru et encore pissant le sang, le death tourmenté et imprévisible qui avait asservi nos oreilles pourtant habituées aux immondices purulentes de toute nature. L'album Necroticism s'annonce certes comme la décharge de putréfaction auditive que l'on attendait, mais les efforts de composition dont il témoigne se montrent à ce point aboutis et efficaces que l'on est obligé de reprendre notre confrère de Raw, Phil Alexander, qui déclarait tenir avec le quatuor de Birmingham l'avenir du genre death. On regrettera néanmoins le manque d'aventurisme des maîtres chanteurs de Carcass qui jadis vocalisaient de toutes les manières imaginables, utilisant avec grâce et bon sens l'organe phonique comme un instrument rythmique. Bill (guitare) et Jeff (basse) alternent toujours au micro, mais s'appliquent à racler leur gorge en évitant toute effusion trop gutturale. Une bonne année d'avance quand même pour Carcass qui, avec des riffs mémorisables et des solos soignés et mélodieux, signe ici un album incontournable.


Emmanuel Potts / HARD FORCE MAGAZINE / Mai 1992

Il paraît que les concerts de Carcass facilitent vomissement et évanouissement, car l'on peut y décortiquer des yeux des diapos géantes mettant en vedette toutes sortes de mutilations et autres mutations génétiques. Heureusement, car même en fermant les yeux et en laissant dériver son imagination, ce nouvel album des 'Fab Four' (ils ont un nouveau guitariste du nom de Mike Amott) n'est pas une ignominie de pur dégueulis sonore à peine accordé. Ce "Necroticism - Descanting The Insalubrious" met en exergue un groupe qui a fait des progrès assez conséquents depuis sa précédente gerbe, "Symphonies of Sickness", et peut être est-ce dû à la greffe de ce nouveau membre. N'allons pas jusqu'à dire que Carcass est audible par tous, mais il y a quand même quelques traces d'acceptation du recours à une trame mélodique sur un morceau comme, par exemple, "Symposium Of Sickness". Il faut aussi savoir que ceci n'est pas une aberration quand on apprend que Carcass a toujours eu un faible pour le heavy rock baroudeur et ultra-mélodique de Thin Lizzy : peut être que dans quelques années, ce maître incontesté du gore 'technique' (un étudiant en anatomie se cache dans Carcass... peuchère !) nous sortira une reprise de "Whiskey In The Jar", "The Boys Are Back In Town" ou "Sarah" ! Revenons cependant à cette dégustation du jour, pour signaler que le bassiste gronde toujours comme si on lui faisait boire un litre de Destop sans glaçons et biscuits apéritif, que la haute technicité des paroles requiert un dictionnaire médical anglais/français (si d'aventure vous souhaitez faire comprendre la poésie de Carcass à votre entourage...), que nous avons affaire à - horreur crieront certains d'entre vous - un disque structuré... mais bien moins effrayant que ce qu'on voulait nous faire croire. Si vous voulez le 'must' de l'atrocité en ce qui concerne paroles et musiques, tournez-vous plutôt vers Cannibal Corpse car Carcass, lui, à au moins le mérite d'avoir en son sein des musiciens qui n'excluent pas le mot 'progrès' de leur musique.


" Heartwork "

Louis Bourgade / METAL ATTITUDE / Novembre 1993

Il est inutile de nous voiler la face plus longtemps, il faut nous rendre à l'évidence ! Le phénomène est trop sensible pour être indéfiniment ignoré. Carcass, le groupe métallico-death-cérébral qu'on croyait définitivement impliqué dans les affaires les plus sombres de la scène britannique, a lui aussi été touché par la grâce ! Et aux auditeurs assidus que nous sommes de poser quelques questions... Le leader du death metal européen est-il sur le point de lancer un nouveau style sur le marché asphyxié du disque ? A t-il prévu la chute prochaine du style qu'il soutenait jusqu'alors mordicus ? Le plus étonnant, dans cette nouvelle manie qu'ont les formations dirigeantes du death de se tourner vers des sonorités typiquement metal, et qu'elles semblent toutes n'en retirer que bénéfice, grandeur et intérêt personnel ! Carcass n'échappe pas à cette nouvelle règle, Heartwork s'annonçant déjà comme le grand album du groupe. Jamais jusqu'à aujourd'hui, l'appellation de death metal n'a été aussi exacte. Death, les nouvelles compositions de Carcass le sont par l'apport d'un chant douloureux et d'une production appropriée. Metal, elles le deviennent désormais par la présence constante de rythmiques et de soli dont les grand noms de la production internationale usent quotidiennement. Ces deux ingrédients confèrent au groupe une identité et une assurance que nous ne lui connaissions pas.


Phil Pestilence / HARD ROCK MAGAZINE / Octobre 1993

Répugnant et nauséabond à l'aube de sa discographie, Carcass passait sur Reek Of Putrefaction pour l'un des groupuscules les plus dangereux, les plus ultimes, du mouvement grind. La course à l'horreur se généralisant partout dans le monde, leur succès se consolidant, album après album, la touche Carcass s'est, sinon banalisée, du moins standardisée, faisant de ce quatrième et fameux Heartwork une pièce pour le moins recommandable aux plus de 13 ans comme à leurs petites sœurs. Le sens inné du plan fatal n'a bienheureusement pas fait les frais du nouveau statut de "groupe classique" qu'a acquis Carcass en partageant l'affiche avec les toutes meilleurs, Morbid Angel ou Entombed, pas plus d'ailleurs que les vocaux criards et expirés de Walker. La qualité de la production faisant foi, cette orgueilleuse mixture techno-grind d'où surgissent par enchantement les interventions solo soignées de Bill Steer et des rifferies diablement corrosives fait carrément mouche sur les insolents "This mortal coil" et "Heartwork" ou les gravitants "No love lost" et "Embodiement". Heureusement me direz-vous, car une Carcass sans mouche, ça serait comme un Mickaël Jackson sans cachou. Ca serait trop clean...


Eric Coubard / PLANETE HARD / Décembre 1993

Vous êtes à bord d'un vaisseau spatial avec pour seule compagnie, la présence de la belle Sigourney Weaver... Un peu de musique mielleuse conviendrait à ce tête-à-tête excitant. Vous vous emparez d'une galette chromée que vous vous empressez de diffuser et à peine la touche "start" pressée, l'horreur surgit ! Tel un cauchemar, le son de Carcass vous happe, vous bave dessus, vous éventre et vous déchiquète. Rythmiques dantesques et voix gutturales telles les deux mandibules de l'alien vous étripent et c'est avec délectation que vous acceptez chaque solo qui vous cisèle et entaille le corps avec art et finesse. La mort vous semble plus douce surtout que la production rejoint l'ordre du jour en étant plus claire, plus métallisée, à l'image du nouveau Entombed. Il reste que "Heartwork" est l'album death metal le plus saignant que nos 'rosbeefs' aient pondu. Si vous écoutez Carcass dans l'espace musical, personne ne vous entendra crier !

Web : Planète Hard était un mag distribué gratuitement par la FNAC.


" Swansong "

Manuel Rabasse / HARD'N'HEAVY / Juin 1996

Swansong, c'est le chant du cygne, la fin des haricots, la Berezina. Un point final à la carrière de Carcass, quartette de Liverpool qui vient de passer deux ans sous l'éteignoir d'un contrat cataclysmique avec Columbia USA. Vingt-quatre très longs mois qui ont quelque peu terni l'éclat d'une formation qui fit les beaux jours de la mini explosion grindcore anglaise des années 86-87. Qui eu aussi l'intelligence de délaisser peu à peu l'outrance visuelle, lyrique et musicale de ses débuts pour s'orienter vers un heavy metal excessivement tranchant, aux vocaux certes forts abrasifs mais ne négligeant plus le concept même de chanson ou de mélodie. Une orientation que l'on retrouve sur ce Swansong, vraisemblablement le dernier album de Carcass. Les garçons ne s'en sont d'ailleurs jamais cachés, leurs premières amours vont au hard-rock à l'anglaise tel qu'il se pratiquait à la fin des 70's. Thin Lizzy, Iron Maiden, Judas Priest, ils sont tous là, à l'état de racines, d'humus plus que d'inspiration directe car ce Swansong sonne plus franchement comme le Youthanasia de Megadeth que comme Killing Machine ou Killers. Carcass a cependant conservé, de son apprentissage, une dureté, un tranchant parfaitement contemporain, et si Jeff Walker a quelque peu domestiqué ses vocaux, on comprend néanmoins ce qui fit hésiter puis reculer les nababs de l'industrie US. "Rock'n'nRoll with an edge", disent-ils. On eut aimer en profiter plus longtemps.

Classement : quatre étoiles sur cinq


Benji / HARD FORCE / Juillet-Août 1996

Comme le suggère le titre, Carcass, c'est la fin. On le savait depuis quelques mois, "Swansong" serait le dernier album du groupe britannique. Fatigué d'avoir du lutter avec le business (comprenez la major Columbia) pour finalement finir là où il avait commencé, chez les bons vieux terroristes sonores de Earache. Dommage que disparaisse une formation qui a su évoluer avec intelligence, laissant progressivement tomber le trip grindcore / gore spécialité "maladie putride et opérations sanglantes" - pour dévier vers le gros heavy metal, performant sur "Heartwork", une pièce maîtresse du genre. Ce disque ultime œuvre dans le plus audible encore pour le commun des métalleux, surtout celui qui ne supportait pas les premières très virulentes exactions. Seul rempart qui n'aurait cédé, la voix - certes plus mélodique - agressive de Jeff Walker. Les amateurs d'autopsies musicales ou d'extrémisme total risquent d'être déçus, car au niveau des riffs et des tempos, nous sommes plus proches d'un "Black album" ou d'un "Youthanasia" que d'un "Altar Of Madness". A moins que vous décidiez de ne pas suivre Carcass dans sa dernière évolution, vous ne pourrez qu'apprécier "Keep On Rotting In The Free World" (ah la grosse vanne !) et "Tomorrow Belongs To Nobody". Un très beau chant du cygne.


Nicolas / Fanzine Shocker / 1996

Le spectre de Carcass se manifeste avec "Swansong" qui a pris l'allure de l'arlésienne à force d'être maintes fois annoncé puis démenti. Les fans de la première heure et les plus intransigeants d'entre eux vont avoir du mal à se consoler avec cet épitaphe qui contraste singulièrement avec l'œuvre antérieure de Carcass, même si Jeff Walker s'est largement épanché sur l'orientation du successeur de "Heartwork". Le sieur a tenu parole : Carcass déserte le giron death metal dont les stigmates subsistent au niveau du chant râpeux et abrasif de Jeff et du son de guitare. Pour le reste, la musique délaisse l'opacité des guitares et leur technicité pour une construction basique qui sert d'armatures à des riffs en toute simplicité. Ce dépouillement donne une tonalité plus rock (tout en restant heavy) apte à intéresser un public plus large. Cette approche plus accessible de la composition favorise l'émergence de titres accrocheurs tels "Keep On Rotting In A Free World" ou "Black Star". Néanmoins, l'utilisation de riffs sinon éculés déjà entendus entâchent un album qui se serait bien passé de cette contrariété supplémentaire. "Swansong", malgré cette réserve, clôt dignement la carrière d'un des groupes les plus doués de sa génération et fait honneur à sa démarche évolutive.


" Wake Up And Smell The Carcass "

Manuel Rabasse / HARD'N'HEAVY / Novembre 1996

C'est donc ici que s'achève la saga de Carcass. Le groupe le plus répugnant de toute l'histoire du métal britannique ayant raccroché les gants pour de bon, la maison Earache fournit le dernier chapitre à cette funeste épopée : une compilation regroupant les cinq titres inédits des sessions de Swansong (très heavy metal 80's et très bons), quatre titres extraits d'une session radio de 1991, plus l'intégralité des EP's Heartwork (93) et Tools Of The Trade (91) et des titres présents sur des compilations uniquement. Une sorte de best of par la bande, recommandable aussi bien aux aficionados qu'aux auditeurs de passage.

Classement : trois étoiles sur cinq


" Choice Cuts "

Olivier Badin / ROCK SOUND / Juillet – Août 2004

Je me souviens. C’était en 1989. Il y a une éternité donc. C’est avec émotion que je revois ces verts pâturages, ces oiseaux qui gazouillaient et cette jeune fille en fleur dans sa jolie robe d’été. C’était notre premier rendez-vous et j’avais décidé de venir accompagné d’un cadeau qui à coup sûr me permettrait de gagner définitivement son cœur. Le cadeau était le premier album du trio anglais Carcass "Reek Of Putrefaction" dont la pochette était un joli patchwork fait maison de morceaux de viandes avariées et de bouts de cadavres en putréfaction. Or tout ce que j’ai gagné ce jour-là fut un jet spontané de vomi sur mon t-shirt de « L’île aux enfants » tout neuf, une baffe et une promesse de conversion au végétarisme dés le lendemain… Quinze ans plus tard, je suis toujours un éternel romantique. Et quinze ans plus tard, cette compilation regroupant treize morceaux (plus six extraits de deux Peel Sessions de 1989 et 1990) issus des cinq albums du groupe – du grind purulent de "Reek Of Putrefaction" au rock/metal de "Swansong" (1996) – prouve combien l’évolution de ce groupe a été radicale. Mais aussi combien le metal extrême dans le sens large du terme est encore redevable à l’un des plus grands groupes de death qui ait jamais existé. Indispensable donc. Mais à éviter comme cadeau pour la fête des mères…

Classement : 9/10


BLACK STAR
" Barbed Wire Soul "

Frank Arnaud / HARD FORCE / Novembre 1997

Les noms de Jeff Walker ou de Ken Owen ne vous rappellent-ils rien ? Si on vous rafraîchissait la mémoire en parlant de Carcass ? Et bien, oui ! Après la fin déplorable du quartette anglais, nos deux lascars sont les deux instigateurs du projet Black Star. Et on peut dire que Black Star ressemble à un prolongement logique de la carrière de Carcass avec son dernier album "Swansong". Résolument éloigné du passé death metal de ses géniteurs, Black Star est une formation dont l'évolution est comparable à celle de Cathedral. Extrémistes sur tous les points, les individus ont évolué vers une musique plus "conventionnelle" et résolument plus groove ! Oubliés les tempos effrénés, les vocaux d'outre-tombe et les délires d'apprentis médecins légistes. Black Star base sa musique sur un métal tranchant et remuant au tempo médium, agrémenté d'instruments assez inattendus pour le groupe (cuivre, saxo, harmonica...). La voix agressive de Jeff fait toujours mouche ; Ken est d'une précision impressionnante à la batterie et les deux guitaristes ne sont pas manchots. Si on ajoute que les titres de "Barbed wire soul" sont un véritable appel au headbanging, vous comprendrez qu'une nouvelle étoile du métal est née. Espérons que le business ne viendra pas détruire Black Star comme il l'a fait avec Carcass.

Classement : le pouce levé


Nicolas Radiguet / HARD ROCK MAG / Novembre 1997

Blackstar est le nouveau groupe de Jeff Walker et de deux de ses compagnons du temps de Carcass, à la lead guitare et à la batterie. A la guitare rythmique, on retrouve un ancien Cathedral, Mark Griffiths. Comme le laissait deviner le dernier Carcass, Swansong, les nouvelles amours de Jeff Walker sont le heavy metal et le hard rock. Blackstar s'évertue à composer des chansons simples avec des chorus de guitare immédiatement mémorisables. Des groupes comme Thin Lizzy ou Tygers Of Pan Tang peuvent venir à l'esprit à l'écoute de ce Barbed Wire Soul mais Blackstar ne s'abandonne pas non plus à une nostalgie simplette qui en ferait un groupe rétro. L'angle d'attaque est une agressivité propre aux années quatre-vingt-dix et on peut remarquer quelques stigmates qui rappellent Carcass. La production de Colin Richardson donne à cet album un son râpeux et offensif. Ce Barbed Wire Soul est un excellent compromis entre tradition et modernité.


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